Proche-Orient

19 octobre 2019 21:17; Act: 19.10.2019 21:22 Print

Nouvelle journée de manifestations au Liban

Des milliers de manifestants se sont mobilisés pour la troisième journée consécutive dans plusieurs villes du Liban pour protester contre l'incurie de la classe politique.

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Le mouvement de contestation a gagné certains fiefs du puissant mouvement chiite du Hezbollah et de son allié Amal.

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Des milliers de Libanais se sont rassemblés samedi pour une troisième journée de manifestations contre l'incapacité d'une classe politique accusée de corruption à résoudre une crise économique endémique, un mouvement inédit depuis des années qui a paralysé le pays.

En dépit d'une intervention des forces de l'ordre pour disperser dans la nuit la foule devant le siège du gouvernement à Beyrouth et des dizaines d'arrestations, les manifestants se sont mobilisés à nouveau dans plusieurs villes du pays, selon des correspondants de l'AFP sur place. Le matin, l'armée a rouvert des autoroutes bloquées par des barricades dressées par des manifestants, qui n'ont pas tardé à en installer d'autres.

Des volontaires nettoyaient le centre-ville de Beyrouth transformé en un champ de bataille, de la fumée se dégageant encore de pneus et bennes à ordures incendiés la nuit. Des débris de verre des vitrines de magasins et de banques vandalisés jonchaient le sol, tandis que des morceaux de tôles ont été mises devant les devantures de banques pour les protéger.

Dans un communiqué, l'armée a appelé les manifestants à «s'exprimer de manière pacifique sans porter atteinte aux biens publics et privés». Les services de sécurité ont eux fait état de «l'arrestation de 70 personnes pour actes de sabotage, incendies et cambriolage dans le centre-ville».

«Ils nous exploitent»

Mais en début d'après-midi, «tous les détenus» d'une des principales casernes de la police dans la capitale ont été relâchés, selon l'Agence nationale d'information (ANI). Plus tôt, le père d'un détenu avait tenté de s'immoler par le feu devant le bâtiment des forces de l'ordre. Lors des manifestations déclenchées jeudi par l'annonce d'une nouvelle taxe -depuis annulée- les manifestants conspuent l'ensemble des dirigeants dans leurs fiefs les qualifiant de «voleurs» et déchirant leurs portraits.

Le mouvement de contestation a gagné certains fiefs du puissant mouvement chiite du Hezbollah et de son allié Amal. Dans une allocution télévisée samedi, le chef du parti, Hassan Nasrallah, s'est dit opposé à une démission du gouvernement, appelant les manifestants à la retenue.

A Tyr (sud), où le puissant chef du Parlement et chef du parti Amal, Nabih Berri, a été accusé d'escroquerie la veille par les manifestants, des dizaines de ses partisans s'en sont pris samedi aux protestataires, selon un témoin. Dans un communiqué, Amal a fustigé ces agressions, affirmant vouloir «ouvrir une enquête». A Tripoli (nord), une manifestante, Hoda Sayyour, assure ne pas vouloir déserter la rue. «Ils nous exploitent et ne font rien pour améliorer les services», déplore la quinquagénaire.

Plus du quart de la population libanaise vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque Mondiale. La classe politique, quasi inchangée depuis la guerre civile (1975-1990), est accusée de corruption et de népotisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence.

(L'essentiel/afp)