Aux États-Unis

26 septembre 2021 08:46; Act: 26.09.2021 18:48 Print

On combat le feu par le feu pour sauver les forêts

Pratiqués de manière ancestrale par les Amérindiens en Californie, les brûlages sont destinés à éclaircir les sous-bois en consumant broussailles et troncs morts, pouvant servir de combustible.

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La semaine passée, l’avancée des flammes a notamment pu être freinée grâce aux «feux contrôlés qui ont été prescrits durant ces 25 à 30 dernières années». (photo: Reuters)

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Les séquoias millénaires de Californie en sont témoins: pour sauver les forêts des incendies de plus en plus fréquents et violents qui dévastent l’Ouest américain, il faut parfois combattre le mal par le mal. En l’occurrence par le feu. «Ça paraît un peu étrange à dire, mais voici un siècle qu’il n’y a pas suffisamment d’incendies en Californie», dit Rebecca Miller, chercheuse à l’Université de Californie du Sud (USC) de Los Angeles.

«Durant presque tout le 20e siècle, les politiques publiques ont interdit tous les feux en Californie parce que l’on croyait, à tort, que c’était mauvais pour l’environnement», explique-t-elle, plaidant pour un recours accru aux brûlages contrôlés.

Pratique ancestrale

Pratiqués de manière ancestrale par les tribus amérindiennes de la région, ces brûlages sont destinés à éclaircir les sous-bois en consumant broussailles et troncs morts tombés au sol, autant de combustibles qui peuvent attiser l’intensité des feux de forêt. Cette politique d’écobuages a porté ses fruits la semaine dernière, lorsque la «Forêt géante» du parc national de Séquoia, qui abrite les arbres les plus volumineux du monde dont le recordman baptisé «Général Sherman» (11 mètres de diamètre à la base, 83 mètres de haut), a été menacé par l’incendie baptisé «KNP», très violent.

L’avancée des flammes a notamment pu être freinée grâce aux «feux contrôlés qui ont été prescrits durant ces 25 à 30 dernières années», selon Mark Garrett, porte-parole des pompiers californiens. «C’est le meilleur outil dont nous disposions», estime le pompier, favorable à cette stratégie. Les flammes se sont approchées à seulement 30 à 40 mètres du «Général Sherman», dont la base avait été enveloppée d’une couverture de protection ignifugée. Du jamais vu, selon Mark Garrett. «Le problème, c’est qu’il y a des milliers de km2 qui n’ont pas été traités» par des brûlages dirigés dans la Sierra Nevada, le seul endroit au monde où les séquoias géants poussent, déplore-t-il.

Adaptés à ces sinistres

Les incendies de faible intensité ne sont en général pas suffisants pour nuire à ces arbres hors norme, naturellement adaptés à ces sinistres avec leur écorce très épaisse et des premières branches pouvant pousser à trente mètres de haut, hors d’atteinte des flammes.

Au contraire, ces arbres, pour certains âgés de 2000 à 3000 ans, ont besoin des incendies pour se reproduire: la chaleur des flammes fait éclater les cônes tombés au sol comme du pop-corn pour en libérer des centaines de graines. Ces géants qui ne poussent qu’en Californie ne sont en revanche pas adaptés aux feux plus intenses qui ont eu tendance à se déclarer ces dernières années à la faveur du changement climatique.

Cette stratégie «a été surévaluée»

La pratique des feux dirigés ne fait cependant pas l’unanimité. «Ce n’est pas une stratégie efficace et elle a été surévaluée», tranche l’écologiste George Wuerthner.

À ses yeux, le principal défaut de l’écobuage est qu’il doit être mis en œuvre très régulièrement si on veut qu’il soit efficace. «Étant donné qu’on ne peut pas remodeler le paysage avec une telle fréquence, c’est un peu trompeur de présenter ça comme une panacée contre les incendies de grande ampleur», estime-t-il. L’expert pointe aussi du doigt l’impact que ces incendies dirigés peuvent avoir s’ils s’emballent à cause d’un changement dans les conditions météorologiques, sans oublier la pollution des fumées.

«Le plus gros défi est le coût»

Pour Andy Stahl, de l’ONG Forest Service Employees for Environmental Ethics, «le plus gros défi est le coût». «On parle de millions de dollars, de milliards. Et ce n’est pas comme si on devait faire ça une fois par siècle. Il faut recommencer tous les cinq ou dix ans», souligne-t-il. «Par conséquent, personne dans l’ouest des États-Unis ne procède à des brûlages contrôlés en quantité suffisante pour faire une différence sur les incendies», hormis à un niveau très local comme dans le parc national de Sequoia, assure cet ancien employé de l’Office des forêts.

Rebecca Miller estime quant à elle que les obstacles financiers et logistiques peuvent être surmontés si l’on met en place un cadre légal propice aux brûlages contrôlés. Une réforme attendue avec impatience par Mark Garrett sur le front des incendies. «On a besoin de plus d’argent et d’effectifs. On doit faire ces brûlages dans les montagnes, sur les terres fédérales et sur les terrains privés», insiste le porte-parole des pompiers.

(L'essentiel/AFP)

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