Afghanistan

29 septembre 2021 13:27; Act: 29.09.2021 13:39 Print

«Partir avant que les talibans ne nous tuent»

L’homosexualité et toutes les questions liées à la communauté LGBT+ restent un tabou absolu. Témoignage d’une jeune femme qui vit un enfer au quotidien.

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Dans la très conservatrice société afghane, les personnes trans ne peuvent compter sur aucune forme de reconnaissance. (photo: AFP)

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«Dieu m’a créée comme ça, c’est ma nature, personne ne le comprend». Pour Radwin*, femme transgenre en Afghanistan, après des années de persécution, l’avènement des talibans ne lui laisse que trois options: se cacher, fuir ou mourir. «Personne ne nous aide, personne n’entend notre cri. Il faudra partir avant que les talibans ne nous tuent», déclare-t-elle dans un entretien à l’AFP.

Depuis l’arrivée au pouvoir du mouvement islamiste à la mi-août, «il m’est strictement impossible de sortir de chez moi», explique Radwin depuis un endroit en Afghanistan tenu secret. «Si je sors, je dois être entièrement couverte et personne ne doit pouvoir m’identifier».

Dans la très conservatrice société afghane, les personnes trans ne peuvent compter sur aucune forme de reconnaissance. L’homosexualité et toutes les questions liées à la communauté LGBT+ restent un tabou absolu. Sous le précédent régime, les relations sexuelles entre personnes de même sexe étaient «illégales», et la communauté LGBT+ s’exposait à des persécutions et discriminations constantes, dans l’accès aux soins comme au travail. Avec l’arrivée des talibans au pouvoir, la menace s’est aggravée. Ils prônent une interprétation stricte de la charia, la loi islamique. Sous leur précédent régime, entre 1996 et 2001, les relations homosexuelles étaient passibles de la peine de mort.

«On a essayé de me violer plusieurs fois»

Radwin a fait son coming out il y a cinq ans, apparaissant en femme en public. Depuis, elle vit un enfer au quotidien. «On a essayé de me violer plusieurs fois», confie-t-elle. Il y a deux ans, alors qu’elle marchait dans la rue avec une amie, des hommes armés à moto l’ont attaquée au couteau, la forçant à les suivre loin de la ville. Après l’avoir droguée de force, «ils ont fait ce qu’ils voulaient avec nous», poursuit-elle. Après ces supplices, Radwin a été hospitalisée pour de multiples blessures. La police a ouvert une enquête et constaté la présence de drogue. Sa famille a été prévenue, mais les coupables n’ont jamais été retrouvés. Sa dernière agression remonte à quelques semaines: des coups de crosse sur la tête, alors qu’elle marchait le long d’une route. Aujourd’hui, ce qui la maintient en vie, c’est le fait de savoir que ses proches ont accepté qu’elle apparaisse en femme en leur présence.

Plus aucun réseau de soutien

«Je veux pouvoir porter de beaux habits que je choisirai moi-même. Je voudrais faire du mannequinat et aussi enseigner la danse», se prend à rêver la jeune femme. Mais «ça n’arrivera jamais», regrette-t-elle. De la très petite communauté transgenre d’Afghanistan, il ne reste pratiquement rien. «Les conditions sont bien pires encore qu’avant». La plupart de ses membres ont déjà fui à l’étranger, dont plusieurs en Iran. «Il ne reste personne pour nous aider ici». Radwin dit avoir contacté une ONG en Europe, sans résultats.

Alors que les talibans affirment que leur régime sera plus enclin à la modération que le précédent, notamment sur les questions de mœurs, Radwin, elle, n’y voit «qu’une façade». «D’ici quelques jours, on verra qu’ils sont bien pires encore qu’avant», assure-t-elle. «Je ne vois pas comment ça pourrait s’arranger. Je ne vois que l’obscurité. Il n’y a plus de lumière».

* Nom d’emprunt

(L'essentiel/AFP)