Offensive turque en Syrie

16 octobre 2019 22:12; Act: 17.10.2019 08:58 Print

Pour Trump, les Kurdes du PKK sont «pires» que l'EI

Tout en réfutant avoir donné un «feu vert» à Erdogan en Syrie, Trump a affirmé que la milice kurde constitue «une plus grande menace terroriste» que Daech.

storybild

La Turquie a déclenché une opération militaire en Syrie. (photo: AFP/Nazeer Al-khatib)

Sur ce sujet
Une faute?

Donald Trump a défendu mercredi bec et ongles le retrait des troupes américaines de Syrie, minimisant la menace qui pèse sur les forces kurdes et faisant l'éloge d'une incroyable lettre adressée à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Vantant une approche «brillante d'un point de vue stratégique», le milliardaire républicain a balayé un à un tous les arguments de ses nombreux détracteurs sur ce dossier, y compris au sein de son propre camp.

Quelques heures avant le départ du vice-président Mike Pence pour Ankara, où il espère convaincre les Turcs de mettre fin à leur invasion dans le nord de la Syrie visant les Kurdes, le président a pris ses distances avec le conflit en cours. «Si la Turquie pénètre en Syrie, c'est une affaire entre la Turquie et la Syrie, ce n'est pas une affaire entre la Turquie et les États-Unis comme beaucoup de gens stupides voudraient vous le faire croire», a-t-il lancé.

«Ne jouez pas au dur! Ne faites pas l'idiot!»

Un réunion organisée peu après avec les leaders démocrates à la Maison-Blanche a donné lieu à un vif affrontement, Donald Trump qualifiant Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, de «politicienne de bas étage». «Nous avons vu le président craquer, c'est triste à dire», a relaté cette dernière, après la rencontre au cours de laquelle il a, selon les démocrates, vanté sa lettre «agressive» à Recep Tayyip Erdogan. Le courrier en question (voir ci-dessous), qui a fuité peu après, a suscité la stupeur à Washington. «Trouvons un bon accord», suggère Donald Trump dans cette missive dont l'authenticité a été confirmée à l'AFP. Datée du 9 octobre, elle a été adressée au président turc, le jour où il a lancé ses troupes à l'assaut des Kurdes, dans le nord de la Syrie.

«Vous ne souhaitez pas être responsable du massacre de milliers de personnes, et je ne veux pas être responsable de la destruction de l'économie turque - ce que je ferais (si nécessaire)», écrit le président américain. «L'Histoire vous jugera d'un œil favorable si vous agissez de façon juste et humaine. Elle vous considérera à jamais comme le diable si les choses se passent mal», met en garde Donald Trump, sans autre précision. «Ne jouez pas au dur! Ne faites pas l'idiot!», conclut le locataire de la Maison-Blanche. «Je vous téléphonerai plus tard».

«Je ne lui ai pas donné de feu vert»

À ceux soulignant que les États-Unis ont une responsabilité particulière envers les Kurdes, qui se sont battus à leur côté contre les djihadistes de l'EI, le locataire de la Maison-Blanche rétorque qu'il ne faut pas trop s'inquiéter, et ne pas les idéaliser. «Ce ne sont pas des anges, ce ne sont pas des anges», a-t-il lancé. «Les Kurdes savent se battre», a-t-il ajouté, affirmant même qu'ils étaient «plus en sécurité aujourd'hui». Puis, dans une sortie surprenante de la part d'un président américain, mais qui sera douce aux oreilles de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, il a affirmé que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une sanglante guérilla contre la Turquie depuis plusieurs décennies, était «probablement» une plus grande «menace terroriste» que l'EI.

Revendiquant haut et fort son choix de retrait des troupes, Donald Trump a estimé cependant qu'il n'avait en rien donné à Recep Tayyip Erdogan son accord pour son offensive militaire dans le nord de la Syrie contre une milice kurde, qui se considère comme la branche syrienne du PKK. «Je ne lui ai pas donné de feu vert. Quand vous dites ça, c'est très trompeur», affirme-t-il, sans cependant élaborer. «C'était l'inverse d'un feu vert. D'abord, nous n'avions quasiment pas de soldats là-bas. Ils étaient partis pour la plupart».

(L'essentiel/afp)