Présidentielle américaine

28 septembre 2020 10:00; Act: 28.09.2020 13:12 Print

Pro de la politique, Joe Biden est attendu au débat

L’ancien vice-président d’Obama a tout à gagner, mardi soir, face à Donald Trump. Mais il ne remplit plus ses costumes bien taillés comme avant et son âge commence à se voir.

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L’équipe de campagne de Trump décrit carrément Joe Biden, 77 ans, comme un vieillard sénile. (photo: KEYSTONE)

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En tête dans les sondages, défiant le président américain sortant, Donald Trump, impopulaire, Joe Biden à tout à gagner lors de son premier débat présidentiel, mardi. Mais le septuagénaire démocrate est aussi son meilleur ennemi. Le port altier est toujours là, le ton passionné et les réactions pleines d’empathie auprès d’électeurs avec qui il partage les tragédies de la vie, aussi. Mais le vieux lion de la politique ne remplit plus, à 77 ans, ses costumes bien taillés comme à ses grandes heures de vice-président de Barack Obama.

Debout, ses jambes semblent désormais fragiles. Et sa fine chevelure blanche cache mal son crâne. Certains parmi ses soutiens craignent que Joe Biden, enclin aux gaffes et dérapages, ne vacille lors du débat sous les coups rhétoriques de Donald Trump, tribun de 74 ans, au style plus agressif.

Privé de campagne

La pandémie de Covid-19 l’a privé pendant des mois de l’un de ses grands atouts: le contact direct avec les électeurs, que ce grand habitué des campagnes de terrain a chéri pendant sa longue carrière. Avant la brusque paralysie de la campagne en mars, il n’hésitait pas à montrer ses émotions lors de rencontres parfois touchantes, comme lorsqu’il avait encouragé un petit garçon bègue, comme lui dans son enfance.

S’il a repris depuis la fin août un rythme plus soutenu de voyages, son respect strict des consignes de distanciation physique bride sa présence sur le terrain. Selon ses critiques, cette situation lui permet de mener campagne loin des électeurs, en évitant les questions des journalistes. Son rival républicain, qui le surnomme sans relâche «Joe l’endormi», dénonce d’ailleurs les rares questions «faites pour un enfant» que les journalistes lui posent et ne manque pas de l’attaquer sur sa forme.

L’équipe de campagne du milliardaire républicain décrit carrément le démocrate comme un vieillard sénile. Et le président a même réclamé que son rival soit soumis à un «test antidopage» avant le débat. Des critiques qui pourraient au final servir Joe Biden, en abaissant tellement les attentes, qu’une prestation correcte serait saluée comme une grande victoire.

Le fils de Scranton

Le vétéran de la politique devrait matraquer sa défense de la classe moyenne, en soulignant le contraste entre son enfance modeste et celle dorée de l'«héritier» Trump. Fier de ses origines, Joseph Robinette Biden Jr. est né le 20 novembre 1942 dans la ville ouvrière de Scranton, en Pennsylvanie. Sa vie a été marquée par la tragédie. «Cela ne disparaît jamais»: il évoque souvent la douleur qui l’habite encore depuis le décès en 2015 de son fils aîné, Beau Biden, d’un cancer du cerveau.

C’est avec un autre grand drame que la longue carrière nationale de Joe Biden a débuté: en 1972, un accident de voiture emporte sa première épouse et leur fillette, tandis que ses deux fils Beau et Hunter sont gravement blessés. Fraîchement élu sénateur au congrès américain, il prend, à 30 ans, ses fonctions au bord de leur lit d’hôpital. Encore aujourd’hui, il s’arrête souvent saluer des pompiers. En rappelant que ce sont eux qui ont «sauvé la vie de (ses) garçons».

Figure de l’establishement

Face aux républicains qui le dépeignent en candidat affaibli, il peut opposer sa victoire triomphante à la primaire démocrate, après un retournement spectaculaire. L’ex-bras droit de Barack Obama avait dû encaisser trois premiers échecs cuisants avant de remporter une large majorité en Caroline du Sud, grâce aux suffrages des Noirs, pierre angulaire pour tout démocrate briguant la Maison-Blanche.

Jugé par certains trop vieux ou trop centriste, le candidat avait, après cette victoire, rallié les soutiens des autres modérés, puis battu son grand rival socialiste Bernie Sanders. La troisième tentative fut donc la bonne pour cette figure de l’establishment qui avait déjà tenté sa chance aux primaires démocrates de 1988 et 2008. Lors de son premier essai, il avait dû rapidement jeter l’éponge après avoir plagié un discours.

Sénateur pendant plus de 35 ans (1973-2009) puis vice-président de 2009 à 2017, le septuagénaire a arpenté pendant des décennies les couloirs du pouvoir à Washington. Et il est fier d’avoir su dialoguer avec les républicains. Mais certains progressistes grincent à cette idée, dans un pays désormais profondément divisé. Et Donald Trump lui renvoie l’image d’un politicien créature de ce «marigot» qu’il dénonce sans cesse. Son style affectueux lui a valu d’être jugé trop «tactile» par des femmes qui ont dénoncé des gestes déplacés, dont les républicains passent en boucle les images.

(L'essentiel/afp)