Coronavirus au Turkménistan

01 avril 2020 14:54; Act: 01.04.2020 15:07 Print

Quiconque parle du virus dans la rue risque la prison

Le Turkménistan a interdit le mot «coronavirus», dans l'intention de supprimer toute information concernant la pandémie. Une situation qui inquiète Reporters sans frontières.

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On pourrait croire à un poisson d'avril, mais l'information est on ne peut plus sérieuse. Selon Reporters Sans Frontières (RSF), le Turkménistan a banni le mot «coronavirus» du vocabulaire, dans l'intention de supprimer toute information concernant la pandémie. Les médias contrôlés par cet État voisin de l'Iran n'ont plus le droit d'utiliser ce terme, et celui-ci a été retiré des brochures d'information distribuées dans les écoles, les hôpitaux et les bureaux.

RSF tire cette information de «Chronicles of Turkemistan », l'une des rares sources indépendantes du pays, dont l'accès au site est bloqué à l'intérieur du territoire. Selon des journalistes basés dans la capitale Ashgabat, les gens qui portent des masques ou qui parlent du coronavirus dans la rue, aux arrêts de bus ou en faisant la queue devant un magasin risquent d'être arrêtés par la police et incarcérés. «Les autorités turkmènes ont été à la hauteur de leur réputation en adoptant cette méthode extrême pour éradiquer toute information sur le coronavirus», estime Jeanne Cavelier, cheffe du bureau Europe de l'Est et Asie centrale de RSF.

Aucun cas détecté, officiellement

Les Turkmènes n'ont accès qu'à une information biaisée sur la crise sanitaire, alors qu'officiellement, aucun cas n'a été détecté dans le pays. Le 13 mars dernier, le président, Gurbanguly Berdymukhammedov, a ordonné que les espaces publics soient fumigés avec une plante traditionnelle appelée «harmala», qui aurait des vertus protectrices. Coincés en Russie depuis le début de la crise sanitaire, de nombreux Turkmènes attendent en vain d'être rapatriés dans leur pays. Contactée par des journalistes, l'ambassade du Turkménistan basée à Moscou refuse de communiquer sur cette situation.

«Ce refus d'information met non seulement en danger les citoyens turkmènes les plus exposés, mais renforce également l'autoritarisme imposé par le président Gurbanguly Berdymukhammedov. Nous demandons instamment à la communauté internationale de réagir et de le prendre à partie, pour sa violation systématique», s'alarme Reporters sans frontières.

(L'essentiel/joc)