Kenya

02 janvier 2022 21:11; Act: 03.01.2022 10:52 Print

Richard Leakey, défenseur des éléphants, est mort

Le paléontologue kényan était connu dans le monde entier pour sa découverte du «garçon de Tukana», un squelette d’Homo erectus, et pour son combat contre le braconnage.

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Sommité dans le monde de la paléontologie, titulaire de plusieurs doctorats honoris causa, Richard Leakley était pourtant un autodidacte. Il n’a jamais obtenu le moindre diplôme universitaire. (photo: AFP)

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Le paléontologue kényan de renommée mondiale et homme politique, Richard Leakey, est mort dimanche, à l’âge de 77 ans, a annoncé la présidence kényane. Il avait joué un rôle fondamental dans la compréhension des origines de l’Humanité et musclé la lutte contre les braconniers d’éléphants. Les causes de sa mort n’ont pas été divulguées, mais sa santé était très fragile, ces dernières années.

Fils de Louis et Mary Leakey, deux des plus célèbres découvreurs de squelettes d’hominidés, Richard avait mené dans les années 70 plusieurs expéditions couronnées de découvertes majeures et inédites, dont les premiers crânes d’Homo habilis (vieux de 1,9 million d’années) en 1972 et Homo erectus (1,6 million d’années) en 1975. Sa notoriété est faite: le magazine Time lui consacre sa une. Mais sa plus importante découverte intervient en 1984: il déterre un squelette quasi complet d’Homo erectus qui sera baptisé le «Garçon du Turkana».

Un total autodidacte

Richard Leakey n’a jamais obtenu le moindre diplôme, mais s’est vu décerner plusieurs doctorats honoris causa durant son éminente carrière, et a été nommé professeur d’anthropologie à l’Université Stony Brook de New York. Dans les années 80, alors que le massacre des éléphants d’Afrique connaît une croissance exponentielle, nourri par la demande d’ivoire, Richard Leakey s’affirme comme une des figures de proue de la guerre contre le trafic des défenses de pachydermes.

En 1989, le président kényan Daniel Arap Moi le place à la tête de l’agence nationale de protection de la faune sauvage, plus tard renommée Service kényan de la faune (KWS). La même année, il brûle, devant les caméras du monde entier, 12 tonnes d’ivoire saisi. C’est également sans sourciller qu’il muscle la protection des éléphants en armant lourdement les rangers de KWS, autorisés par le président Moi à «tirer pour tuer».

Incursion en politique

En 1993, le petit avion Cessna le transportant s’écrase dans la vallée du Rift. Il survit mais perd ses deux jambes. Il est contraint de quitter le KWS un an plus tard et se lance en politique en rejoignant les nombreuses voix critiques du régime corrompu de l’autocrate Moi. Sa carrière d’opposant est de courte durée et Daniel Arap Moi le convainc en 1998 de diriger la lutte contre la corruption. La tâche s’avère impossible et il jette l’éponge deux ans plus tard.

En 2015, face à une nouvelle crise du braconnage, un autre président, Uhuru Kenyatta, fait appel à lui pour reprendre les rênes du KWS, cette fois comme président du conseil d’administration, un poste qu’il occupera jusqu’en 2018. Un cancer avait ravagé sa peau, ses cheveux épars témoignaient du poids des ans, il avait aussi souffert de maladies du foie et des reins à répétition. Mais à plus de 70 ans, il produisait encore son vin dans une ferme de la vallée du Rift.

(L'essentiel/AFP)