Témoignage pour «L'essentiel»

11 septembre 2021 07:53; Act: 11.09.2021 13:26 Print

Sauvé le 11 septembre 2001 par son... petit-​​déj'

NEW YORK/LUXEMBOURG - La décision de prolonger le petit-déjeuner avec des amis a sauvé la vie de Frédéric J, en retard au World Trade Center. Saisissant.

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Frédéric travaillait dans un business center, partagé avec d’autres sociétés, au 79e étage de la tour nord du World Trade Center. Mais ce matin là, il avait décidé d'aller au bureau un peu plus tard. Ces photos sont prises par lui depuis sa terrasse. (photo: Frédéric Jeorge)

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«C’est la première fois que je le raconte de façon aussi détaillée depuis plusieurs années». Pourtant, pour Frédéric J., même vingt ans plus tard, le souvenir du 11 septembre 2001 reste intact dès que la langue se délie. «Si j’avais été en place au bureau comme prévu, j’avais 100% de certitudes d’être mort», raconte le Français, lecteur de L'essentiel, âgé de 21 ans à l’époque. Un jeune loup de l’informatique, expatrié à New York et sauvé par son… petit-déjeuner. Ce mardi matin, la présence d’un couple d’amis venus de France fait traîner tout le monde dans l’appartement situé à côté du World Trade Center. Les échanges autour du café durent un peu, «pas grave, on ira au bureau une heure plus tard» se disent Frédéric et son collègue-patron, qui vit avec lui.

Le bureau en question, c’est un business center partagé avec d’autres sociétés, au 79e étage de la tour nord du World Trade Center. Une dizaine d’étages seulement en dessous de l’impact du premier avion détourné, à 8h46. «On a entendu un gros boom, j’ai d’abord cru que c’était sur un chantier voisin. Puis des sirènes, beaucoup», raconte Frédéric. Ils allument la télé puis rejoignent la terrasse commune de leur immeuble d’habitation, avec une vue imprenable sur les tours jumelles. «C’était l’incrédulité, la tour brûlait, on sentait déjà la chaleur», se souvient le quadragénaire. La thèse de l’accident est alors privilégiée par tous, l’information circule encore mal. Frédéric retourne à l’intérieur, prend son appareil photo et décide d’appeler ses parents en France. «La communication s’est alors coupée net, le deuxième avion venait de frapper l’autre tour».

«En tongs et en pyjama, sans papier ni argent»

Depuis la terrasse, Frédéric, ses amis et d’autres résidents assistent à l’impensable, la fumée s’échappe maintenant des deux gratte-ciel. Le jeune informaticien prend des photos, «une dizaine», puis s’arrête quand il se rend compte que des gens se jettent par les fenêtres. 10h, «la première tour est tombée devant mes yeux». Le courant est coupé, tout le monde doit partir, rejoindre «la marée humaine» dans les rues de Manhattan et marcher vers le nord. «Les gens étaient sous le choc, mais calmes», se souvient Frédéric, alors «sidéré» par la rapidité de l’organisation de l’aide. Il est assis près des quais, à plusieurs centaines de mètres, quand l’autre tour s’écroule «comme un ascenseur». Frédéric est alors «en tongs et en pyjama. Avec l’appareil photo mais ni papiers, ni argent». S’ensuit un périple, des souvenirs, des images, «l’armée, les chars qui débarquent…».

Il pense à ceux qui étaient à l’heure au boulot et qu’il ne reverra jamais, piégés par l’enfer qui fera au total près de 3 000 morts. Lui dormira chez des amis ici et là avant de retrouver son logement et ses affaires. Sa petite start-up ne survivra pas. En avril 2002, il rentre en Europe et n’est pas retourné aux États-Unis depuis. «Ça a bouleversé ma vie, c’est sûr. Est-ce que je suis un survivant? Oui. Est-ce que je me sens coupable? Non, je n’aurais rien pu faire», glisse l’homme, devenu un mari et un papa depuis. Sa carrière l’a mené à enseigner en université, aujourd’hui installé dans le sud de la France. Mais ce passionné de moto a été président de la Fédération européenne des motards, œuvrant avec d’autres spécialistes au Luxembourg.

Et c’est un ami qui l’a poussé à répondre à l’appel à témoignages lancé par L’essentiel. «Peu émotif et pas traumatisé», ce solide gaillard admet repenser à son destin chaque 11 septembre. Frédéric a d’ailleurs conservé ses plaques de photos instantanées, certaines inédites, qu’il partage avec nous vingt ans après. En attendant, un jour, de raconter l’impensable à ses enfants encore trop petits.

(L'essentiel/Nicolas Chauty)

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