États-Unis

19 août 2019 19:02; Act: 20.08.2019 09:29 Print

«Si je meurs, publiez la photo de mon cadavre»

Dans l'espoir de faire bouger les choses, des ados américains jouent la carte de la provocation: s'ils sont tués dans une fusillade, ils exigent qu'un cliché de leur corps soit diffusé.

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Kaylee Tyner n'était même pas née quand la tuerie de Columbine a eu lieu, le 20 avril 1999. Ce jour-là, à Littleton (Colorado), deux élèves abattaient treize personnes dans ce qui restera comme l'une des fusillades en milieu scolaire les plus meurtrières de l'histoire des États-Unis. Au printemps dernier, Kaylee a terminé sa scolarité dans cet établissement encore marqué par cette tragédie. «Le souvenir de la fusillade de 1999 plane toujours sur le lycée», confie l'adolescente au Huffington Post.

Souvent, la jeune Américaine a redouté d'avoir à vivre le même cauchemar que ses aînés. «Certains jours, je ne pensais qu'à ça, surtout quand une fusillade avait eu lieu dans une autre ville, ou quand je voyais des gens prendre le lycée en photo comme si c'était une attraction touristique», raconte Kaylee. Pour marquer le vingtième anniversaire de la tuerie de Columbine, et face à la récente succession d'attaques à l'arme à feu, la jeune femme a décidé d'agir à sa façon: avec des camarades de lycée, elle a lancé au printemps dernier une campagne autour du hashtag #mylastshot (#madernièrephoto). Et l'initiative prend de l'ampleur.

Politiser sa propre mort

Les jeunes désireux de suivre le mouvement acquièrent un petit autocollant qu'ils doivent coller au dos d'une pièce d'identité, de leur téléphone ou de leur porte-monnaie. Sur ce sticker figure le message suivant: «Au cas où je mourrais dans une fusillade, s'il vous plaît, publiez la photo de mon corps. #MyLastShot». Le tout, accompagné d'une signature. Les sympathisants de cette initiative volontairement provocatrice ne s'en cachent pas: ils veulent politiser leur propre mort s'ils devaient un jour tomber sous les balles. Ces jeunes gens nourrissent le terrible espoir que la photo de leur cadavre fasse office d'électrochoc auprès des législateurs, qui durciraient alors la loi sur les armes à feu.

«Les jeunes Américains meurent à cause de l'inaction de leurs dirigeants. Si ces derniers ne sont pas capables de regarder la réalité en face, nous allons la leur montrer», prévient Emmy Adams, l'une des fondatrices du mouvement. La jeune fille de 19 ans a la certitude que le poids des images peut réellement avoir un impact sur le monde politique. Elle évoque notamment les images de la guerre du Vietnam qui ont poussé les Américains au doute, ou encore la photo du cercueil ouvert d'Emmett Till, un jeune Noir de 14 ans lynché en 1955 pour avoir sifflé une Blanche. «La violence crue de ces images peut être l'étincelle qui suscite le changement en poussant les gens à agir», estime Emmy.

Aux côtés des nombreux jeunes qui participent à ce mouvement, des enseignants ont fait part de leur solidarité. Le mois dernier, Eric Swalwell, ex-candidat à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle de 2020, a donné un sérieux coup de pouce à l'initiative #mylastshot en reliant son message sur Twitter. «Je ne suis pas là simplement pour m'opposer à la NRA (National Rifle Association), mais pour la mettre K.-O.», avait-il écrit.

(L'essentiel/joc)