Au Nigeria

02 octobre 2019 18:11; Act: 03.10.2019 18:46 Print

«Si tu tentais de t'enfuir, ils te pendaient»

La police est intervenue dans une école coranique qui abritait des centaines d'élèves, au Nigeria. Les victimes de la «maison de l'horreur» témoignent.

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Les récentes révélations de torture et de viols à l'encontre de jeunes dans une école coranique de Kaduna, dans le nord du Nigeria, ont mis sous les feux de l'actualité un réseau d'instituts islamiques échappant à tout contrôle des autorités.

Au cours d'une descente menée jeudi soir dans une maison du quartier de Rigasa, la police de Kaduna a découvert plus de 300 élèves et étudiants de nationalités différentes enfermés et enchaînés dans ce que les médias appellent désormais «la maison de l'horreur».

Les responsables de l'établissement les faisaient vivre dans «des conditions inhumaines et dégradantes sous couvert de leur apprendre le Coran et de les redresser» pédagogiquement, a expliqué à l'AFP le porte-parole de la police de l'Etat de Kaduna, Yakubu Sabo.

Des écoles islamiques privées très répandues

Des étudiants ont été découverts enchaînés à des barres de fer, mains et pieds menottés, leur corps portant ecchymoses et cicatrices, tandis que d'autres ont assuré avoir été victimes de viols.

«Si tu tentais de t'enfuir d'ici, et s'ils te rattrapaient, ils te pendaient, ils t'enchaînaient», a témoigné Abdallah Hamza, une des victimes.

Les écoles islamiques privées - connues localement sous le nom d'écoles Almajiri - sont très répandues dans le nord du Nigeria, principalement musulman, où la pauvreté est très élevée et où les services publics sont souvent absents.

Les autorités estiment à plus de neuf millions le nombre d'élèves présents dans ces établissements. «L'exemple le plus récent de Kaduna représente le pire du système avec des conditions très inhumaines», a déclaré à l'AFP Mohammed Sabo Keana, chef de l'ONG Almajiri Child Rights Initiative, basée à Abuja.

« Comme une maison de torture et un lieu d'esclavage humain »

«Il s'agit d'un exemple clair de ce que vivent beaucoup d'enfants - y compris le fait d'être obligés de mendier dans la rue, d'être soumis à la violence, de dormir dans les pires conditions et de vivre dans de terribles conditions d'hygiène».

Dans un communiqué, le bureau du président Muhammadu Buhari, lui-même un musulman du nord du Nigeria, a dénoncé l'établissement «comme une maison de torture et un lieu d'esclavage humain».

«Pour mettre fin aux pratiques culturelles génératrices de violences envers les enfants, nos autorités religieuses et traditionnelles doivent travailler avec les gouvernements fédéraux, étatiques et locaux pour dénoncer et faire cesser tous les types de violences qui sont amplement connus mais négligés depuis de nombreuses années par nos communautés ».

La présidence n'annonce cependant aucune mesure visant à interdire ces écoles hors de contrôle.

(L'essentiel/afp)