Retrouvailles coréennes

22 août 2018 09:25; Act: 22.08.2018 09:39 Print

«Toute la douleur d'une vie s'est envolée»

Des familles séparées depuis le conflit de 1950-1953 entre les deux Corées ont pu passer quelques jours ensemble. Mais l'heure des adieux a sonné.

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Les adieux ont été très difficiles. (photo: AFP)

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Au troisième jour de leurs émouvantes retrouvailles, des Coréens du Nord et du Sud appartenant à des familles divisées depuis la guerre se préparaient mercredi à se dire «au revoir», cette fois probablement pour toujours. La majorité des participants à ces réunions organisées depuis lundi dans la station nord-coréenne du mont Kumgang ont plus de 80 ans. Et rien ne permet d'espérer dans un avenir proche la libre circulation des personnes sur la péninsule.

Mercredi matin, lors d'une ultime réunion avant les adieux, Kim Byung-oh, 88 ans, s'est effondré en sanglots quand sa sœur, plus jeune, l'a rejoint. «Ne pleure pas, mon frère. Ne pleure pas», lui a-t-elle dit en lui prenant la main. Mais ses larmes ont continué de couler, et sa sœur, finalement, n'a plus su retenir les siennes. Pendant dix minutes, le frère et la sœur se sont serré la main sans rien dire. «Je ne pensais pas que mon père pleurerait autant», confie le fils de Byung-oh.

Le temps presse

Des millions de Coréens ont été séparés de membres de leur famille par le conflit de 1950-1953 qui a scellé la division hermétique de la péninsule. Aucun traité de paix n'ayant été signé, Nord et Sud sont encore, techniquement, en état de guerre. Toute communication civile est rigoureusement proscrite et les voyages de l'autre côté de la zone démilitarisée (DMZ) sont rarissimes, et étroitement contrôlés.

Depuis 2000, les deux camps ont organisé 20 séries de réunions de familles, au gré de l'amélioration de leurs relations bilatérales. Mais le temps, désormais, presse. Sur les 130 000 Sud-Coréens qui s'étaient initialement portés candidats pour ces réunions, moins de 60 000 sont encore en vie. Lors des réunions organisées cette année, les première en trois ans, le doyen, Baik Sung-kyu, avait 101 ans.

Lee Byung-joo, un Sud-Coréen de 90 ans, a pu rencontrer un neveu et une nièce, les enfants de son grand frère aujourd'hui décédé. «En les rencontrant, c'est toute la douleur d'une vie qui s'est envolée, assure-t-il. J'ai des réponses à toutes les questions que je me posais. Maintenant, je peux relâcher le poids que j'avais sur le cœur. Nous avons retrouvé nos racines».

(L'essentiel/afp)