États-Unis

06 février 2019 07:08; Act: 06.02.2019 10:35 Print

Trump a cherché, malgré tout, à rassembler

Dans un climat politique délétère, le président américain a prononcé son discours sur l'état de l'Union, mardi soir.

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Donald Trump lors de son discours sur l'Union, mardi soir, à Washington.

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Face au Congrès réuni au grand complet, le président américain Donald Trump s'est posé mardi en rassembleur, mais les tensions politiques à Washington, alimentées par ses propos enflammés sur l'immigration, ont rendu l'exercice périlleux.

Pour ce traditionnel discours sur «l'état de l'Union», le tempétueux président américain a multiplié les appels au compromis dans une allocution à la tonalité plutôt sobre, à l'exception d'un long passage sur la sécurité à la frontière avec le Mexique, conclu sur la promesse que le mur serait bel et bien construit.

«Le programme que je vais présenter ce soir n'est ni républicain, ni démocrate. C'est celui du peuple américain», a-t-il déclaré, portant son emblématique cravate rouge, devant plus de 500 élus, dont de nombreuses femmes démocrates vêtues de blanc, en hommage au centenaire du mouvement des suffragettes.

«Ensemble, nous pouvons mettre fin à des décennies de blocage politique, guérir les blessures anciennes, construire de nouvelles coalitions, esquisser de nouvelles solutions», a-t-il ajouté, s'en tenant assez fidèlement au texte défilant sur les téléprompteurs.

«Soudaine envie d'unité»

Mais ces appels venant d'un président coutumier des diatribes enflammées ont peu de chance d'être entendus par ses adversaires politiques. D'autant que le texte comportait peu d'initiatives nouvelles. «On dirait que, tous les ans, le président se réveille le jour du discours sur l'état de l'Union avec une soudaine envie d'unité. Les 364 autres jours de l'année, le président passe son temps à nous diviser», avait ironisé, avant même le début du discours, Chuck Schumer, ténor démocrate du Sénat.

Une image, chargée en symboles, résumait la difficulté de sa délicate équation politique: lorsqu'il a pris la parole devant les élus au grand complet, la nouvelle «Speaker» de la Chambre des représentants Nancy Pelosi était, suivant la tradition, assise derrière lui, dans le champ des caméras. Elle est pour l'essentiel restée impassible.

Or, l'élue démocrate de San Francisco, vent debout contre son projet de mur à la frontière avec le Mexique, vient de lui infliger une cuisante défaite politique. Et l'image d'habile négociateur que le magnat de l'immobilier aime mettre en avant a été très sérieusement écornée.

Après des semaines d'une étrange partie de poker menteur, Donald Trump a cédé face à ses adversaires politiques et a mis fin au blocage des services fédéraux, sans avoir obtenu le moindre dollar pour son projet emblématique de lutte contre l'immigration clandestine.

Enquêtes «ridicules

À 21 mois de la prochaine élection présidentielle, où il entend briguer un second mandat, le républicain a dénoncé, avec une virulence rare dans cette enceinte, les enquêtes judiciaires «ridicules» et «partisanes» en référence aux investigations du procureur spécial Robert Mueller, sur le liens entre son équipe de campagne et la Russie. Sur un terrain moins miné, il a mis en avant de très bons chiffres économiques et un marché du travail extrêmement dynamique.

«Après 24 mois de progrès rapides, le monde entier nous envie notre économie, notre armée est la plus puissante de la terre, et l'Amérique gagne chaque jour», a-t-il déclaré. S'il a une nouvelle fois affirmé que le mur à la frontière avec le Mexique serait «construit», il n'a finalement pas, comme il l'avait laissé entendre, déclaré une «urgence nationale», procédure exceptionnelle qui lui permettrait de contourner le Congrès.

«Ce sont les immigrants, pas les murs, qui rendent l'Amérique plus forte», lui a répondu juste après son discours Stacey Abrams, femme noire et figure montante du parti, qui lui a donné la république au nom des démocrates.

Évoquant rapidement les questions sanitaires, il a fixé comme objectif aux élus du Congrès de dégager les moyens nécessaires pour «éliminer l'épidémie de VIH» aux États-Unis d'ici 10 ans.

Le chapitre consacré à la politique étrangère lui a valu des applaudissements inégaux dans son camp tant certaines de ses décisions suscitent un malaise. «Les grandes Nations ne se combattent pas dans des guerres sans fin», a affirmé M. Trump, pour défendre le retrait annoncé des troupes américaines de Syrie, mais aussi d'Afghanistan, pays à propos duquel il a évoqué des discussions «constructives» avec les talibans.

Dans un cruel rappel à l'ordre, le Sénat a approuvé lundi soir à une très large majorité un amendement critiquant sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie et d'Afghanistan.

Sommet Trump-Kim au Vietnam

Le président américain a aussi profité de ce rendez-vous pour annoncer le lieu et la date de son prochain sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un qui aura lieu les 27 et 28 février au Vietnam. Une nouvelle fois, il a averti la Chine qu'elle ne pourrait plus «voler les emplois et la richesse des Américains» et exigé des «changements structurels» de Pékin, pour mettre fin à ses pratiques commerciales «injustes».

Il a aussi assuré les Vénézuéliens du soutien américain dans leur «quête de liberté». Les États-Unis, ainsi qu'une quarantaine d'autres pays, ont reconnu l'opposant vénézuélien Juan Guaido comme président par intérim et seule autorité légitime à Caracas.

Dans l'hémicycle, le contraste était saisissant entre les rangs républicains et démocrates, beaucoup plus marqués par la diversité dans ce Congrès américain qui affiche depuis janvier un nombre record de femmes et d'élus issus de minorités. La première dame, Melania Trump, a été reçue par près d'une minute d'applaudissements, mais certains démocrates se sont abstenus.

Fait remarquable: le discours a été interrompu par un «Happy Birthday» chanté en cœur lorsque le président a présenté Judah Samet, survivant de la tuerie de la synagogue de Pittsburgh, fin octobre. «Ils ne le feraient pas pour moi», a ajouté Donald Trump dans les rires.

Le 45e président des États-Unis a conclu son discours d'un peu plus de 80 minutes sur une tonalité rassembleuse: «Nous devons choisir si nous nous définissons par nos différences ou si nous avons l'audace de les transcender». Le prochain combat budgétaire, avec une échéance fixée au 15 février, pourrait cependant marquer la reprise d'un affrontement politique sans merci, jusqu'à l'élection présidentielle de novembre 2020.

(L'essentiel/nxp/afp)