Accords de paix

16 septembre 2020 06:53; Act: 16.09.2020 10:13 Print

Trump évoque un «nouveau Moyen-​​Orient»

Lors d’une cérémonie en grande pompe, dans les jardins de la Maison-Blanche, le président américain a affirmé que «cinq ou six pays» arabes supplémentaires suivraient «très bientôt» l’exemple des deux États du Golfe.

Sur ce sujet
Une faute?

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a signé mardi avec les Émirats arabes unis et Bahreïn des accords historiques qui bousculent les équilibres au Moyen-Orient. L’accord est sous l’égide de Donald Trump, soucieux d’apparaître en «faiseur de paix».

«Après des décennies de divisions et de conflits, nous sommes témoins de l’aube d’un nouveau Moyen-Orient», a déclaré le président des États-Unis, lors d’une cérémonie en grande pompe dans les jardins de la Maison-Blanche. Il a affirmé que «cinq ou six pays» arabes supplémentaires suivraient «très bientôt» l’exemple des deux États du Golfe, sans préciser lesquels. Il a ensuite évoqué un objectif encore plus ambitieux de «sept ou huit», «y compris les gros», dont l’Arabie saoudite «le moment venu».

Palestiniens grands absents

Benjamin Netanyahu, évoquant un «tournant de l’histoire», a estimé que l’entente scellée à Washington pouvait «mettre fin au conflit israélo-arabe une fois pour toutes». Devant une assistance fournie malgré la pandémie, le chef du gouvernement israélien n’a pas été avare en compliments à l’égard de son «ami» Donald Trump.

Il est en revanche resté muet sur le sort des Palestiniens, grands absents de mardi, même si les ministres des Émirats et de Bahreïn ont rappelé leur cause.

Saluant «un changement au cœur du Moyen-Orient», le ministre émirati des Affaires étrangères, Cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane, a personnellement remercié Benjamin Netanyahu «pour avoir choisi la paix et pour avoir stoppé l’annexion de territoires palestiniens», même si ce dernier assure qu’il ne s’agit que d’un report.

Le chef de la diplomatie de Bahreïn, Abdel Latif al-Zayani, a lui clairement appelé à une «solution à deux États» pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

«Percée stratégique»

Benjamin Netanyahu a enfin signé des accords bilatéraux avec les deux ministres, avant une déclaration commune paraphée par les trois hommes et le président américain. Mais, à l’ère du Covid-19, aucune poignée de main n’a immortalisé cet instant.

Ces deux pays arabes sont les premiers à reconnaître Israël depuis les traités de paix avec l’Égypte et la Jordanie, en 1979 et 1994. Les Émirats et Bahreïn, des monarchies sunnites, partagent avec l’État hébreu une animosité envers l’Iran chiite, ennemi numéro un de Washington, dans la région.

De nombreux États arabes pétroliers cultivent discrètement des liens avec les autorités israéliennes depuis des années, mais cette normalisation offre de riches opportunités, notamment économiques, à ces pays qui tentent de réparer les ravages de la pandémie.

«Coup de poignard»

«C’est une réussite de première classe», assure David Makovsky, du Washington Institute for Near East Policy, tout en soulignant que cela «n’implique pas la même prise de risque» pour les Israéliens que celle acceptée par Menahem Begin, «lorsqu’il a abandonné le Sinaï» à l’Égypte, ou Yitzhak Rabin, lorsqu’il a négocié avec le Palestinien Yasser Arafat.

La «vision pour la paix» présentée en janvier par Donald Trump, qui visait à mettre fin au conflit israélo-palestinien, est loin d’être couronnée de succès: l’Autorité palestinienne l’a rejetée en bloc et dénie au président américain le rôle même de médiateur depuis qu’il a enchaîné les décisions favorables à Israël.

«Il n’y aura aucune paix, sécurité ou stabilité pour quiconque dans la région sans la fin de l’occupation et le respect des pleins droits du peuple palestinien», a prévenu mardi, le président palestinien Mahmoud Abbas. Les Palestiniens dénoncent un «coup de poignard dans le dos» de la part de ces pays accusés de pactiser avec l’État hébreu sans attendre la naissance de leur État.

Les avions de la discorde

Mais l’administration Trump avait toujours dit vouloir secouer la région en rapprochant Israël de ses voisins arabes dans une sorte d’union sacrée contre l’Iran. Ces accords esquissent ce changement d’ère et semblent reléguer la question palestinienne en arrière-plan, comme l’espérait la Maison-Blanche.

Selon David Makovsky, «ce n’est plus le Moyen-Orient de papa, c’est une nouvelle région» où, fait extraordinaire, la Ligue arabe a refusé de condamner la décision des deux monarchies du Golfe.

Pour Donald Trump, qui brigue un second mandat et n’avait jusqu’ici que peu d’avancées diplomatiques à présenter aux électeurs, c’est un succès reconnu jusque chez ses adversaires démocrates. Des divergences sont toutefois déjà apparues sur les conditions entourant l’accord avec les Émirats.

Le président américain a notamment déclaré à trois heures de la cérémonie de signature qu’il n’aurait «aucun problème» à vendre des avions de chasse américains F-35 aux Émirats arabes unis, qu’Abu Dhabi veut acquérir de longue date. Or, Benjamin Netanyahu s’oppose fermement à cette vente, pour préserver la supériorité militaire de son pays dans la région.

(L'essentiel/AFP/NXP)