Journalistes au Venezuela

05 février 2019 12:58; Act: 05.02.2019 13:45 Print

«Tu ne sortiras pas de là, personne ne sait où tu es»

Les deux journalistes de «Quotidien», arrêtés le 30 janvier au Venezuela, ont raconté leur calvaire, lundi soir, sur le plateau de l'émission de «TMC».

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Leur cauchemar aura duré trois jours. Présents sur le plateau de «Quotidien» lundi soir, les journalistes Baptiste des Monstiers et Pierre Caillé ont raconté leurs conditions de détention au Venezuela, où ils avaient arrêté, sans raison apparente. Les deux reporters avaient décidé de se rendre dans le pays sans visa «journaliste». Leur demande avait été refusée et vu la crise politique agitant le Venezuela, le duo ne pouvait pas attendre un délai supplémentaire pour obtenir le fameux sésame. C'est donc avec un simple visa touristique que les Français ont atterri à Caracas.

Ils ont été arrêtés tandis qu'ils étaient en train de prendre des images, au smartphone, près du palais présidentiel. Les forces de l'ordre ont «tiqué» sur les tampons apposés sur les passeports des deux Français. «On les entend dire: "Y a un truc qui cloche"», raconte Baptiste des Monstiers. Les deux collègues et leur fixeur (NDLR: accompagnateur) ont ensuite été emmenés dans les bureaux du contre-espionnage vénézuélien pour des «vérifications».

Pierre Caillé et Baptiste des Monstiers ont finalement été escortés à l'Hélicoïde de Caracas, le siège de la police politique du pays, mondialement réputé pour être un lieu de torture. Séparés, menottés, fouillés à nu, photographiés sous toutes les coutures, interrogés, les deux jeunes hommes comprennent qu'ils sont soupçonnés de ne pas être que des journalistes. «Ils nous prennent pour des espions. Ils nous prennent pour du personnel diplomatique under cover, on ne sait pas très bien», raconte Baptiste des Monstiers.

Les conditions de détention, «dans une espèce de bureau sans lumière» ont été extrêmement pénibles. Les deux prisonniers devaient par exemple se partager un verre d'eau par jour et dormir au sol, dans une température d'environ 15 degrés. «On est menottés, on dort menottés. C'est pas hyper-confortable», témoigne l'un d'entre eux.

Le duo est rapidement déstabilisé par l'attitude de leurs geôliers, qui soufflent le chaud et le froid. «Une fois ils sont très gentils, et la fois d'après ils viennent te voir discrètement, il y en a un qui te glisse dans l'oreille: "Tu ne verras plus ta famille. Tu ne sortiras pas de là, personne ne sait où t'es, tu n'as pas de droits, tu n'es pas chez toi"», raconte Baptiste des Monstiers.

Les deux acolytes ont fini par se croire dans un «mauvais film» lorsqu'ils ont été transférés – dans des voitures séparées, de nuit et sous escorte – dans un grand parking. Les hommes en uniforme leur ont alors assuré qu'ils allaient être libérés, mais l'un d'entre a confié à Baptiste des Monstiers que des gens se trouvaient dans cet endroit «depuis deux ans et demi». Heureusement pour les deux Français, leur cauchemar a effectivement pris fin ce jour-là.

(L'essentiel/joc)