Manif antiaustérité

11 janvier 2018 07:54; Act: 11.01.2018 12:36 Print

Tunisie: nouveaux heurts dans plusieurs villes

La tension ne diminue pas en Tunisie, où de nouveaux heurts ont éclaté mercredi soir entre manifestants et policiers, au 3e jour d'une contestation contre les mesures d'austérité.

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Depuis lundi, des troubles sociaux ont été enregistrés dans le pays, sept ans après le début du Printemps arabe, avec une révolution qui réclamait travail et dignité et avait fait tomber le dictateur Zine al-Abidine Ben Ali. Déjà la semaine dernière, des manifestations pacifiques sporadiques avaient dénoncé la hausse des prix et un budget d'austérité prévoyant entre autres des augmentations d'impôts.

À Siliana (nord-ouest) des jeunes ont jeté mercredi soir des pierres et des cocktails Molotov sur des agents sécuritaires et tenté de s'introduire dans un tribunal dans le centre de cette ville. La police a riposté par des tirs de lacrymogènes. Des échauffourées ont de nouveau eu lieu à Kasserine, dans le centre défavorisé du pays où des jeunes de moins de 20 ans tentent de bloquer les routes avec des pneus en feu et jettent des pierres sur des agents sécuritaires.

Les symboles de l'État pris pour cible

Plusieurs dizaines de manifestants sont aussi descendus dans la rue à Tebourba, à 30 km à l'ouest de Tunis où a été enterré mardi l'homme décédé lors de heurts dans la nuit de lundi. La police a riposté par des tirs massifs de lacrymogène, a indiqué un habitant. Selon des médias locaux, des scènes similaires ont eu lieu dans des quartiers près de Tunis. Lors d'une visite mercredi à el-Battan, près de Tebourba, le Premier ministre Youssef Chahed a condamné les actes de «vandalisme» qui, selon lui, «servent les intérêts des réseaux de corruption pour affaiblir l'État». Il a pointé du doigt le Front populaire, un parti de gauche opposé au budget.

«Il y a des actes de pillage et de vol, mais aussi un message politique de la part d'un pan de la population qui n'a plus rien à perdre», estime le politologue Selim Kharrat, soulignant que nombre de symboles de l'État ont été pris pour cible. L'armée a été déployée autour de banques, bureaux de postes et autres bâtiments gouvernementaux sensibles dans les principales villes du pays, selon le ministère de la Défense.

Si la Tunisie, unique pays rescapé du Printemps arabe, est parvenue jusque-là à faire avancer sa transition démocratique, elle reste engluée dans la morosité économique et sociale. Dans ce contexte, un centre de réflexion, l'International Crisis Group (ICG), met en garde contre le risque de dérives autoritaires et contre la tentation d'un retour à un régime dur. «La classe politique n'a pas encore cédé à cette tentation autoritaire», mais «dans un contexte de marasme économique, la nostalgie d'un État fort, à l'image de celui que l'ancien régime prétendait défendre, se répand», écrit ce think tank dans un rapport publié jeudi.

(L'essentiel/AFP)