Libye

20 juin 2021 11:13; Act: 20.06.2021 13:26 Print

Un «enfer» pour les femmes sur le chemin de l'Europe

Pour beaucoup de migrants, la Libye est synonyme de racket et de violences. Mais pour les femmes, c'est aussi un risque majeur de sévices sexuels, viols ou prostitution forcée.

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«Il est rare qu'elles n'aient pas subi de viol ou d'agressions sexuelles». (photo: AFP/Sakis Mitrolidis)

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L'esclavage sexuel, pour Aïcha, ça n'arrivait qu'aux autres, dans les reportages télévisés. Mais quand elle s'est retrouvée en Libye, enfermée dans une chambre après avoir fui une vie difficile en Guinée, elle s'est crue «foutue»: «j'avais quitté un cauchemar pour tomber en enfer».

Aïcha a fui la Guinée en 2019 après cinq fausses couches: pour sa belle-famille et le voisinage, elle était stérile ou sorcière. En fait, la jeune femme était diabétique. Désespérée face aux médisances et conflits familiaux, cette jeune diplômée en hôtellerie a voulu «juste disparaître» de son pays.

Elle a pris contact avec une ancienne amie ayant visiblement réussi en Libye, qui lui a fait miroiter un succès similaire et lui a avancé de l'argent pour la rejoindre. «Je n'ai même pas vu le pays: dès mon arrivée, on m'a enfermée, j'étais esclave», dit-elle.

Détenue dans une chambre équipée d'un sanitaire, elle était forcée d'avoir des rapports sexuels avec des clients, sans rien percevoir, et n'apercevait sa logeuse que lorsque celle-ci lui posait de la nourriture «comme à un chien».

«Le viol, presque systématique»

«Les hommes venaient ivres, je préfère ne pas me souvenir», raconte Aïcha, encore tremblante, «j'ai cru que ma vie était foutue».

Après trois mois de calvaire, un Libyen vient à son secours, menace la femme qui l'exploite, lui donne 300 dinars libyens (55 euros) et la met dans un bus pour la Tunisie, où elle tente aujourd'hui de se reconstruire en apprenant l'informatique. Soignée pour son diabète, elle a fini par accoucher fin 2020 d'une petite fille, Merveille.

Elle rêve désormais d'Europe, mais pas question de retourner en Libye: «Même mon pire ennemi, je ne peux l'encourager à aller là-bas».

Depuis deux ans, elle habite dans un foyer à Médenine, dans le sud de la Tunisie, avec d'autres femmes migrantes. Beaucoup arrivent de Libye, soit après avoir fui via la frontière terrestre, soit tenté sans succès la traversée de la Méditerranée.

«Il est rare qu'elles n'aient pas subi de viol ou d'agressions sexuelles», indique Mongi Slim, dirigeant du Croissant-Rouge local. «Certaines, protégées par un homme, s'en sortent mieux, mais pour des femmes seules, c'est presque systématique».

À tel point que selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), certaines «se sont vu conseiller avant le départ (pour la Libye) une piqûre de contraceptifs efficaces trois mois». D'autres voyagent avec la pilule du lendemain.

Mariam, une Ivoirienne orpheline, a quitté son pays avec 1 000 euros pour rejoindre la Libye via le Mali et l'Algérie. Elle espérait ensuite gagner l'argent nécessaire pour rallier l'Europe mais au final, sur un an dans ce pays, elle a passé six mois en prison, exploitée sexuellement, avant de s'enfuir en Tunisie en 2018.

«J'ai travaillé pendant six mois dans une famille, puis j'ai pris la mer depuis Zouara», port de l'ouest de la Libye, indique Mariam, 35 ans.

«Enfermée là»

«Des hommes armés nous ont attrapés, emmenés en prison et ont abusé de nous en nous menaçant», raconte-t-elle. Selon elle, ils appartenaient à des milices gérant des camps de migrants clandestins où se pratiquent extorsion, viols et travail forcé.

Les centres officiellement sous le contrôle du gouvernement, où les garde-côtes financés par l'Union européenne envoient les candidats à l'exil après les avoir interceptés, sont également gangrénés par la corruption et la violence, y compris sexuelle, selon l'ONU.

Dans le centre où a été conduite Mariam, «chaque matin, un chef choisissait des filles destinées à des Libyens qui avaient des chambres spécialement louées» pour ces relations tarifées, raconte-t-elle.

«On me donnait du pain, des sardines, de la salade et je restais enfermée là pendant un mois, jusqu'à ce qu'on me change de lieu», se souvient-elle, la colère dans la voix: «Ils étaient armés, ils se droguaient, ils payaient le chef mais pas moi».

Des hommes et des garçons sont également victimes de sévices sexuels, rapportent des défenseurs des droits humains. Ces crimes se sont accentués avec l'intensification du conflit libyen, à partir de 2014.

(L'essentiel/AFP)

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Les commentaires les plus populaires

  • Norby le 20.06.2021 13:25 Report dénoncer ce commentaire

    Je suppose que ceux qui critiquent ces personnes qui quittent leur pays dans l'espoir d'une meilleurs vie ne sont ni frontaliers ni expatriés ?

  • Bientot le retour le 20.06.2021 13:11 Report dénoncer ce commentaire

    Elles devront tôt ou tard rentrer d'où elles viennnent car les peuples des pays européens ne vont pas encore continuer à laisser faire les politiciens. Le Danemark vient de montrer la voie en décidant que tous les demandeurs d'asile seront délocalisés dans des pays tiers hors UE (et aux frais des Danois) le temps d'examiner leurs demandes. La France dépense près de 40 milliards par an, dont 5 que pour les mineurs étrangers qui coutent 50 000 eur par an pour 100 000 individus dont beaucoup ne sont pas mineurs. Les politiciens vont être remplacé au gré des élections à venir.

  • éclairée le 20.06.2021 11:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    quand je lis ça je me dis que c'est une honte de se plaindre ici ...

Les derniers commentaires

  • vdv le 25.11.2021 14:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Elle est belle l’ Europe le arnaque du siècle, les riches on voulait ils on eut. Le argent est plus fort que tout.

  • keep le 20.06.2021 21:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C’est normal . Tu es la pour travailler , si Tu n’es pas content . C’est ton problème point . Tu dois aussi aider les gens .

  • Marie le 20.06.2021 20:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Effectivement, il faudrait arrêter de vendre du rêve à tous ces candidats à l’exil. Le chemin est un calvaire et arrivés en Europe la vie n’est pas aussi rose qu’espérée ; sans compter les difficultés d’adaptation. En deux mots: désillusion totale. Il vaudrait mieux qu’ils reprennent leur destin et celui de leur pays en main et que les Européens les soutiennent en ce sens.

  • Jingsa le 20.06.2021 20:00 Report dénoncer ce commentaire

    C’est étonnant venant d’un pays où une certaines religions prône l’amour et la tolérance ….

  • Trop souvent censuré par L'Essentiel le 20.06.2021 13:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C'est ça, la solidarité africaine.