En direct à la télé

01 septembre 2021 21:41; Act: 02.09.2021 11:20 Print

Un ex-​​violeur fait une «démo» sur un mannequin

Sur un plateau télé, un ancien violeur ivoirien a détaillé comment il s’y prenait avec ses victimes. Internautes et organisations de défense des droits des femmes sont ulcérés.

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«Écoeurant», «humiliant», «inadmissible»: une émission télévisée censée dénoncer le viol et mettant en scène un ancien violeur, un animateur et un public complaisants, a soulevé mardi l’indignation en Côte d’Ivoire. Lundi en fin d’après-midi, à une heure de grande écoute, la télévision privée la Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI) a diffusé en direct et en public son émission intitulée «La télé d’ici vacances», consacrée au viol.

L’animateur Yves de M’Bella s’adresse à son invité, un homme présenté comme un ancien violeur. Il lui demande d’expliquer comment il s’y prenait pour abuser de ses victimes. Pour mieux illustrer les propos de l’individu, l’animateur, riant devant un public goguenard, met à sa disposition un mannequin qu’il l’aide à allonger au sol et lui demande alors d’expliquer avec force détails comment il violait une femme. Après cette «démonstration», l’ex-violeur est invité par Yves de M’Bella à donner ses «conseils» à la gent féminine pour ne pas être violée.

A peine terminée, l’émission suscite des réactions outrées sur les réseaux sociaux de personnalités ivoiriennes et d’anonymes. «Dites moi que je rêve», écrit ainsi sur Facebook Priss’K, artiste et humoriste. «C’est écoeurant, inadmissible, irrespectueux, surtout envers les femmes. Un viol, c’est tellement dégradant, déshumanisant pour la victime».

Geneviève Wannée, artiste-peintre et ancienne animatrice star de la télévision ivoirienne, dénonce quant à elle «l’attitude du présentateur qui aborde le sujet du viol comme un jeu, qui parle d’un sujet aussi traumatisant pour les victimes avec humour et désinvolture» et «donne l’opportunité à l’invité de faire une démonstration de viol». «Indignons-nous», ajoute-t-elle sur sa page Facebook. «On en a marre. Réveillons nous». Nassénéba Touré, ministre de la Femme, a condamné «fermement ces actes ignobles» qui «viennent saper les efforts» en vue d’éradiquer «ce fléau (le viol) qui gâche la vie de milliers de femmes et de filles».

La Ligue ivoirienne des droits des femmes a également condamné «avec la dernière énergie cette émission et son contenu humiliant et dégradant pour la femme» et rappelle dans un communiqué que «le viol est un crime». Elle a déposé une plainte «pour outrage public à la pudeur et apologie du viol» contre NCI et M. de M’Bella dont elle souhaite qu’il ne soit pas associé «à la finale du concours Miss Côte d’Ivoire» qu’il doit animer samedi.

«Profonds regrets»

Lancée peu après la diffusion de l’émission, une pétition signée mardi par plus de 37’500 personnes, adressée à la Haute autorité de communication audiovisuelle (Haca), aux ministères de la Communication et de la Jeunesse, déplore que «la télévision dont le rôle est d’éduquer, se fasse complice de la violence faite aux femmes en donnant la parole à un violeur».

La direction de la NCI a présenté ses «plus sincères excuses» et exprimé ses «profonds regrets» et sa «solidarité avec les femmes victimes de violence et d’abus de toutes sortes». «Nous assumons humblement la pleine responsabilité de cette faute grave et regrettable dont nous tirerons toutes conséquences».

Dans un communiqué, la Haca, dit avoir « décidé de la suspension» de M. de M’Bella «pour une durée de 30 jours de toutes les antennes des chaines de télévision et de radios en Côte d’Ivoire».

Animateur condamné

Mercredi, Yves de M’Bella a été condamné par un tribunal d’Abidjan à 12 mois de prison avec sursis pour «apologie de viol» et «atteinte à la pudeur», a constaté un journaliste de l’AFP.

L’animateur a également été condamné à deux millions de FCFA (3000 euros) d’amende et s’est vu signifier l’interdiction de quitter Abidjan.

Plus tôt dans la journée, il avait d’abord été entendu par la police avant d’être déféré en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel d’Abidjan.

L’ex-violeur, Kader Traoré, qui avait déjà été condamné par le passé pour viol et coups et blessures, a écopé lui de 24 mois de prison ferme et 500’000 FCFA (750 euros) pour les même motifs.

Yves de M’Bella a déclaré à l’AFP «comprendre l’indignation des uns et des autres», se disant lui-même «meurtri par la tournure des événements. Je demande pardon». Une manifestation d’organisations de défense des droits des femmes était prévue mercredi à Abidjan contre «la banalisation des violences faites aux femmes».

(L'essentiel/AFP)