En Corée du Sud

22 novembre 2018 07:15; Act: 22.11.2018 10:20 Print

Un gourou condamné pour le viol de fidèles

Le chef d'une secte a écopé jeudi de 15 ans de prison pour avoir violé huit femmes qui étaient sous son influence, et qui, pour certaines, le considéraient comme Dieu.

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Lee Jaerock en 2009. (photo: AFP/Menahem Kahana)

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Le chef d'une secte sud-coréenne a été condamné jeudi à 15 ans de réclusion criminelle pour le viol de huit femmes, dont certaines le considéraient comme Dieu. Les victimes du pasteur Lee Jaerock, 75 ans, «étaient incapables de résister car elle étaient soumises à l'autorité religieuse absolue de l'accusé», a souligné le juge Chung Moon-sung, devant le tribunal du district central de Séoul. La dévotion religieuse peut être très forte en Corée du Sud, où 44% des habitants se déclarent croyants. La plupart appartiennent à des Églises reconnues, souvent riches et puissantes, fréquentées par des dizaines de milliers de fidèles qui n'hésitent pas à leur verser jusqu'à 10% de leurs revenus.

Mais il existe de nombreuses Églises marginales, dont certaines ont été impliquées dans des affaires de malversations, de coercition, de «lavage de cerveau», de manipulation et autres pratiques associées dans le monde entier à des pratiques sectaires. Lee Jaerock avait fondé l'église de Manmin, d'inspiration protestante, en 1982, à Guro, un quartier alors pauvre de Séoul. Elle ne comptait que douze fidèles mais en revendique à présent 130 000. Elle dispose d'un vaste siège, d'un auditorium luxueux, et son site Internet met en avant quantité de guérisons miraculeuses. Dans le sillage des révélations de la déferlante mondiale #MeToo qui a aussi débarqué en Corée du Sud, trois fidèles ont dénoncé cette année le leader religieux. Elles ont raconté comment il les avait convoquées dans son appartement et violées.

«Être divin»

«Je n'étais pas capable de lui résister. Il était plus qu'un roi. C'était Dieu», a témoigné une victime, membre de l'église depuis son enfance, sur la télévision sud-coréenne. Le pasteur a dit à une autre victime qu'elle était au paradis et qu'elle devait se dénuder comme Adam et Ève dans le jardin d'Éden. «J'ai pleuré parce que je détestais faire ça». Huit femmes au total ont porté plainte et le tribunal a reconnu Lee Jaerock coupable de les avoir violées et violentées «des dizaines de fois» sur une longue période. «Par ses sermons, l'accusé a directement ou indirectement suggéré qu'il était l'esprit saint». Et les victimes pensaient «que c'était un être divin avec des pouvoirs divins», a souligné le juge. Le pasteur, qui conteste les accusations, a accueilli le verdict les yeux clos, ne montrant aucune émotion devant la centaine de ses fidèles venus assister à l'audience, dont certains soupiraient en silence.

Son avocat a accusé les plaignantes de mentir pour se venger d'avoir été excommuniées après avoir contrevenu aux règles de l'église. Devant le tribunal, d'anciens fidèles étaient venus cependant pour dénoncer l'accusé. «L'église centrale de Manmin est centrée sur l'adoration du pasteur Lee Jaerock», a lancé Kim Yu-sun, qui y a passé 20 ans. «Maintenant que je fréquente une église différente, je vénère Jésus et je prie Dieu», dit-elle. «Je suis heureuse». La Corée du Sud est un terrain fertile pour les groupes religieux aux idéologies bien affirmées, qui offrent réconfort et espoir de salut à des gens parfois décontenancés par une société ultraconcurrentielle où le statut fait tout. Certains disent éclairer la voie vers la prospérité matérielle et spirituelle et le message fait mouche.

(L'essentiel/afp)