Fusillades aux États-Unis

23 mai 2018 13:19; Act: 23.05.2018 14:54 Print

Un hashtag glaçant sert de testament aux lycéens

Après la 22e fusillade cette année, les jeunes Américains ne se font plus d'illusions. Fatalistes, ils imaginent ce qui se passerait s'ils mouraient dans une énième tuerie.

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Depuis le début de l'année 2018, 20 semaines se sont déjà écoulées. Et selon CNN, il y a déjà eu 22 fusillades aux États-Unis. Cela fait en moyenne plus d'une fusillade par semaine. La dernière en date, survenue dans un lycée de Santa Fe (Texas), a fait dix morts et treize blessés.

Pas encore remis de la tuerie de Parkland (Floride), qui a coûté la vie à 17 personnes en mars dernier, les lycéens américains semblent être passés de la tristesse au fatalisme. En témoigne la réaction de Paige, une élève de Santa Fe, dont le haussement d'épaules désemparé a fait le tour du monde: «C'est arrivé partout. J'ai toujours pensé que cela finirait par arriver ici aussi», avait-elle déclaré, la tête baissée et la voix tremblante.

Pour illustrer ce fatalisme ambiant, un étudiant de 18 ans a eu l'idée de lancer un hashtag glaçant, dont le succès a été immédiat: #IfIDieInASchoolShooting (si je meurs dans une fusillade à l'école). «Je prendrai ces tweets et je les enverrai à Paul Ryan (NDLR: président de la Chambre des représentants) par courrier, ainsi qu'à tous les politiciens qui touchent de l'argent de la NRA (NDLR: le lobby des armes)», a expliqué à BuzzFeed Andrew Schneidawind, 18 ans.

«#IfIdieInASchoolShooting, je ne pourrai jamais finir ma série télé animée, je ne pourrai plus jamais voir ma sœur, et je devrai devenir un martyr.»

L'initiative du jeune homme a provoqué un énorme effet boule de neige. Des milliers de lycéens, étudiants, et quelques enseignants, ont utilisé ce hashtag pour faire part de leurs dernières volontés au cas où ils étaient victimes d'une énième et inévitable fusillade. Certains pensent à leurs proches, d'autres espèrent que leur mort servira à faire avancer la lutte contre les armes aux États-Unis. Tantôt bouleversants, tantôt ironiques, tantôt militants, ces tweets ont plongé le réseau social dans une ambiance sombre et lourde.

«#IfIdieInASchoolShooting, ne rendez pas le tueur célèbre.»

«#IfIdieInASchoolShooting, dites à mes frères et sœurs que je les aime, parce qu'ils sont tout pour moi.»

«#IfIdieInASchoolShooting, politisez ma mort»

«#IfIdieInASchoolShooting, protégez ma petite sœur pour qu'elle n'ait plus besoin 'd'apprendre à se cacher du méchant monsieur'»

«#IfIdieInASchoolShooting, je serai encore un de ces amis partis trop tôt. Mes parents ne me verront jamais dans mon premier film, je n'aurai jamais d'enfants, je ne tomberai jamais amoureuse pour de vrai, je ne verrai jamais mes sœurs se marier, je ne profiterai jamais complètement de la vie. Réformez la loi sur les armes»

«#IfIdieInASchoolShooting, placardez mon visage devant chaque politicien qui accepte de l'argent de la NRA pour que chaque jour quand ils viennent au travail, ils aient à regarder dans les yeux d'une personne morte à cause de leur inaction»

«#IfIdieInASchoolShooting, abandonnez mon corps devant la Maison-Blanche»

«#IfIdieInASchoolShooting, protégez ma petite sœur pour qu'il ne lui arrive pas la même chose»

«#IfIdieInASchoolShooting, ce sera parce que j'aurai fait le bouclier humain pour mes élèves avant que l'un d'entre eux n'ait pas la chance de vivre au-delà de 8 ans»

«#IfIdieInASchoolShooting, je verrai de nouveau Carmen» (ndlr: victime de la fusillade de Parkland)

«#IfIdieInASchoolShooting, je veux être enterré à côté de mon frère»

«#IfIdieInASchoolShooting, incinérez-moi, verser mes cendres sur les marches du Capitole. Ne me laissez pas, moi ou mes camarades, devenir juste une statistique»

«#IfIdieInASchoolShooting, ne dites pas 'pensées et prières', faites changer les choses à la place»

«#IfIdieInASchoolShooting, je hanterai tous les politiciens qui affirment qu'il n'y a aucun problème»

«#IfIdieInASchoolShooting, dites à mes parents que je suis désolée qu'ils ne puissent jamais me voir devenir ce qu'ils ont travaillé si dur pour me donner»

(L'essentiel/joc)