Istanbul

03 juillet 2020 11:17; Act: 03.07.2020 11:24 Print

Un procès pour le meurtre de Khashoggi s'ouvre

Vingt personnes, dont deux proches du prince héritier d'Arabie saoudite, sont accusées par les autorités turques d'avoir tué et démembré l'éditorialiste critique du royaume.

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Le meurtre de Jamal Khashoggi a plongé l'Arabie saoudite dans l'une de ses pires crises diplomatiques (photo: AFP)

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Un tribunal d'Istanbul a commencé vendredi à juger par contumace 20 Saoudiens, dont deux proches du prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, accusés par les autorités turques d'avoir tué et démembré l'éditorialiste Jamal Khashoggi en 2018.

Parmi ces 20 personnes accusées d’«homicide volontaire prémédité avec l'intention d'infliger des souffrances», deux sont identifiées par les enquêteurs turcs comme les commanditaires: un ex-conseiller du prince héritier, Saoud al-Qahtani, et un ancien numéro deux du Renseignement, le général Ahmed al-Assiri. Si les accusés risquent en théorie la prison à vie, la procédure est avant tout symbolique, car aucun d'entre eux ne se trouve en Turquie.

Khashoggi, un collaborateur du Washington Post et critique du régime saoudien après en avoir été proche, a été assassiné et son corps découpé en morceaux en octobre 2018 dans le consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul où il s'était rendu pour récupérer un document. Khashoggi était âgé de 59 ans au moment de sa mort. Ses restes n'ont jamais été retrouvés.

Ce meurtre a plongé l'Arabie saoudite dans l'une de ses pires crises diplomatiques et terni l'image du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit «MBS», désigné par des responsables turcs et américains comme le commanditaire du meurtre. Après avoir nié l'assassinat, puis avancé plusieurs versions contradictoires, Ryad a affirmé qu'il a été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls et sans ordre de hauts dirigeants.

La fiancée turque de Khashoggi, Hatice Cengiz, ainsi que la rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, étaient présentes à l'audience vendredi, selon un correspondant de l'AFP. «Les meurtriers de Jamal et ceux qui leur ont donné l'ordre ont évité la justice jusqu'à présent», a déclaré à l'AFP Mme Cengiz avant le procès. «Je vais continuer d'épuiser toutes les options légales pour faire en sorte que les meurtriers soient traduits en justice», a-t-elle ajouté. Sans aller jusqu'à accuser directement MBS, le président turc Recep Tayyip Erdogan a plusieurs fois appelé à «juger tous les coupables».

À l'issue d'un procès opaque en Arabie Saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort l'an dernier. Aucune accusation n'a été retenue contre M. Qahtani et M. Assiri a été acquitté. La Turquie a qualifié de «scandaleux» ce verdict, estimant que les vrais commanditaires avaient bénéficié d'une «immunité».

(L'essentiel/afp)