Aux États-Unis

14 juillet 2020 18:09; Act: 14.07.2020 18:26 Print

«Vous tuez un homme innocent»

La première exécution fédérale aux États-Unis depuis 17 ans a eu lieu mardi matin. Le condamné a clamé son innocence jusqu’au dernier moment.

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Un ancien suprémaciste blanc condamné à mort pour un triple meurtre a été exécuté mardi aux États-Unis, a annoncé le ministère américain de la Justice. C'est de la première exécution fédérale depuis 17 ans. Daniel Lee, est décédé à 8h07 (14h07 au Luxembourg) d'une injection létale à la prison de Terre Haute, dans l'Indiana, a précisé le ministère dans un communiqué envoyé à l'AFP. «Vous tuez un homme innocent», a déclaré le condamné avant de mourir, selon un journaliste du Indianapolis Star qui a assisté à l'exécution.

Il avait été reconnu coupable en 1999 du meurtre d'un couple et de leur fillette de 8 ans dans l'Arkansas, lors d'un cambriolage destiné à financer un groupe suprémaciste.

L'avocate de Daniel Lee, Ruth Friedman, a dénoncé dans un communiqué une exécution menée «à la hâte, au milieu de la nuit, alors que le pays était endormi». Elle a souligné que le condamné avait patienté quatre heures, sanglé sur son lit de mort, attendant le résultat d'un ultime recours.

Amnesty International dénonce

La section américaine d'Amnesty International s'est dite «horrifiée» par cette exécution «qui va à l'encontre d'une tendance mondiale à l'abandon de la peine de mort». En Amérique, le débat sur l'application de la peine de mort, rétablie en 1988 au niveau fédéral, reste vif avec un soutien érodé dans la population américaine mais qui reste fort chez les électeurs républicains.

Dans ce pays, la plupart des crimes sont jugés au niveau des États et certains, surtout dans le Sud, continuent d'appliquer la peine capitale. Sept personnes ont ainsi été exécutées par des juridictions locales en 2020.

Recours judiciaires

Mais la justice fédérale peut se saisir des actes les plus graves (attentats, crimes racistes...) ou commis sur des bases militaires, entre plusieurs États ou dans des réserves amérindiennes. Depuis 1988, seules trois personnes ont été exécutées au niveau fédéral dont Timothy McVeigh, responsable de l'attentat d'Oklahoma City (168 morts en 1995) en 2001.

Donald Trump, qui briguera un second mandat le 3 novembre, est un fervent partisan de la peine capitale, notamment pour les tueurs de policiers ou les trafiquants de drogue.

Trois autres condamnations

Daniel Lee, 47 ans, devait être exécuté lundi, le premier de quatre condamnés à mort dont les exécutions sont prévues d'ici la fin août, mais des recours judiciaires de dernière minute ont retardé la procédure. Les condamnés affirmaient que le protocole d'exécution – une dose létale de pentobarbital – leur ferait subir une souffrance «irréparable» en violation de la Constitution, un argument souvent utilisé par les opposants à la peine capitale.

Dans la nuit, la Cour suprême a donné le feu vert aux autorités fédérales pour cette exécution, la première depuis 2003. La Cour a estimé que les quatre hommes, condamnés à la peine de mort pour des meurtres d'enfants, n'avaient «pas fait le nécessaire pour justifier l'intervention en dernière minute d'un tribunal fédéral» et que les exécutions pouvaient donc «avoir lieu comme prévu».

Vingt témoins

La haute cour américaine a également rejeté le recours de la mère de deux victimes, Earlene Peterson, 81 ans, qui demandait le report de l'exécution de Daniel Lee en raison de la pandémie de coronavirus. Elle refusait de choisir entre son droit d'assister aux derniers moments du condamné et la protection de sa santé, alors qu'un cas de Covid-19 a été rendu public dimanche à Terre Haute.

Selon le journaliste présent à la prison mardi matin, une vingtaine de témoins ont assisté à l'exécution. Mme Peterson, qui affirme soutenir Donald Trump, avait également demandé sans succès au président de commuer la peine de mort en réclusion à perpétuité, dont a écopé un deuxième homme ayant joué un rôle central dans ces meurtres.

De leur côté, un millier de responsables religieux, catholiques et évangéliques, ont appelé le président à se «concentrer sur la protection de la vie et non sur les exécutions» en ces temps de Covid-19. Le prochain condamné à mort, Wesley Purkey, 68 ans, doit être exécuté mercredi, toujours à Terre Haute. Il a été reconnu coupable en 2003 d'avoir violé et tué une jeune fille de 16 ans.

(L'essentiel/afp)