Coupe du monde au Qatar

10 octobre 2019 18:49; Act: 11.10.2019 12:10 Print

2 700 travailleurs décédés de «mort naturelle»

Selon le «Guardian», 2 700 ouvriers sont morts entre 2012 et 2018 sur les chantiers des stades du Mondial 2022. La plupart de «causes naturelles», selon le régime qatarien.

Sur ce sujet
Une faute?

Le Guardian publie cette semaine une enquête qui fait froid dans le dos. Selon le quotidien britannique, environ 2 700 ouvriers népalais et indiens sont morts entre 2012 et 2018 sur les chantiers des stades de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Parmi eux, 2 000 seraient décédés de «mort naturelle». Et malgré de nombreux appels du pied, le régime refuse d'enquêter sur ces cas.

La majorité des décès sont attribués à des crises cardiaques ou à des «causes naturelles». Beaucoup de victimes sont des jeunes hommes qui s'éteignent dans leur sommeil, un phénomène que les autorités locales appellent «syndrome de la mort subite». Chaque jour, des centaines de milliers de travailleurs au Qatar travaillent 10 heures d'affilée par des températures pouvant atteindre 45°C. Ils sont ainsi exposés à des niveaux potentiellement fatals de «stress thermique», entraînant des accidents cardiovasculaires. Or, dans la plupart des cas, aucune autopsie n'est effectuée sur les cadavres des travailleurs étrangers.

Familles méfiantes

Selon le Guardian, au moins 1 025 Népalais sont morts au Qatar entre 2012 et 2017, dont 676 de causes jugées «naturelles». Le Foreign Employment Board (FEB), l'agence népalaise responsable du bien-être des travailleurs immigrés, évoque des arrêts cardiaques, des crises cardiaques, des insuffisances respiratoires et des «maladies». À noter que le FEB tire une grande partie de ses données des certificats de décès délivrés par le régime qatarien. Le gouvernement indien rapporte pour sa part que 1 678 de ses ressortissants sont morts au Qatar entre 2012 et août 2018. Sur ces décès, 1 345 ont été considérés comme «naturels», soit quatre par semaine.

La réticence du Qatar à pratiquer des autopsies laisse les familles des défunts perplexes et méfiantes. Parmi eux Nirmala Pakrin, dont le mari travaillait comme monteur d'échafaudage dans un stade. En juin dernier, la jeune femme apprenait que son mari âgé de 24 ans était décédé sur un chantier. Sur son certificat de décès était évoquée «une insuffisance cardiorespiratoire aiguë due à une cause naturelle». Peu après la mort de Rupchandra Rumba, Nirmala a reçu un appel de son patron qui lui annonçait qu'une autopsie allait être effectuée. Ça n'a jamais été le cas. «Il avait des taches de sang autour de sa bouche et de son nez, mais le reste de son corps était intact», explique la veuve.

«Pas seulement au Qatar»

Un membre du gouvernement qatarien a déclaré qu'en vertu de la loi, les familles du défunt devaient approuver une autopsie avant qu'elle ne soit pratiquée. Or, plusieurs proches contactés par le Guardian affirment n'avoir jamais reçu de demande.

Réagissant sur Twitter à l'enquête du quotidien britannique, un chercheur et spécialiste des droits des travailleurs migrants, relève que le phénomène est le même dans d'autres pays du Golfe. «Ça ne se passe pas seulement au Qatar… Des statistiques horrifiantes montrent maintenant l'ampleur des décès de travailleurs migrants aux Émirats arabes unis. 5 185 Indiens y sont morts entre 2012 et 2017. Les ambassades ont rapporté que 70% d'entre eux ont eu des crises cardiaques (ce qui signifie qu'elles n'ont aucune idée de la façon dont ils sont morts)», a écrit Nicholas McGeehan.

(L'essentiel/joc)