Scandale sanitaire

17 décembre 2013 08:25; Act: 17.12.2013 11:06 Print

Le trafic de viande s'étendrait à l'Europe

La viande de cheval, issue d'un trafic démantelé lundi en France, était destinée à 50% à la consommation française et l'autre moitié à l'exportation.

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L'enquête a révélé qu'une centaine de certificats avaient été falsifiés. (photo: AFP)

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Environ 200 chevaux sont concernés par cette fraude, dont 60 revendus par Sanofi, qui a décidé de se constituer partie civile, «sa religion ayant été trompée», a déclaré le procureur de la République de Marseille, Brice Robin, lors d'une conférence de presse. La fraude a débuté en mai 2011 et a duré deux ans et demi, a indiqué M. Robin. Les chevaux étaient «achetés à bas prix, au moindre coût, quel que soit leur état de santé, quelle que soit leur règlementation» sur le «volet médicamenteux» notamment, a dit M. Robin.

L'enquête a révélé qu'une centaine de certificats avaient été falsifiés. Parmi les 21 personnes interpellées, figure la tête présumée du réseau, un homme de 59 ans, originaire de Narbonne, qui possède plusieurs boucheries chevalines et des parts dans l'abattoir de la ville. Quatre vétérinaires, soupçonnés au mieux de «négligence», voire de «corruption», selon M. Robin, ont été placés en garde à vue. Basés dans l'Aude, l'Ardèche, le Gard et le Cantal, ils signaient des certificats, parfois sans même avoir vu les animaux concernés, a précisé M. Robin.

Nuisibles à la santé de l'homme?

Treize rabatteurs ont également été interpellés. Une partie des personnes interpellées seront présentées, d'ici à 48 heures, à la juge chargée de l'information judiciaire ouverte en novembre pour «tromperie, faux, faux et usage de faux, corruption et association de malfaiteurs». Concernant Sanofi, l'un de ses sites en Ardèche aurait cédé des animaux entre 2010 et 2012 à un marchand de chevaux du Gard, qui les aurait ensuite vendus à l'organisateur du trafic présumé, selon les enquêteurs. Le trafic concerne aussi des chevaux achetés à des centres équestres ou à des particuliers.

Il s'étendrait à plusieurs pays européens, en particulier l'Espagne où l'abattoir de Gérone a été perquisitionné. «50% étaient destinés à la consommation en France et 50% à l'exportation», a précisé M. Robin, sans donner plus d'informations sur les autres pays. Cependant «je n'ai pas de certitude que ces animaux étaient nuisibles à la santé humaine» en l'état des analyses toxicologiques, a-t-il ajouté. «Ce n'est pas parce qu'ils sont impropres à la consommation qu'ils sont nuisibles à la santé de l'homme», a-t-il poursuivi, précisant qu'il s'agissait d'«une fraude aux normes sanitaires, pas d'une fraude sanitaire». Les gendarmes s'étaient rendus lundi au petit matin chez le négociant de Narbonne pour l'interpeller, puis perquisitionner à l'abattoir municipal.

Millions de plats vendus

Ils ont ensuite saisi de la viande dans une boucherie de Narbonne appartenant à l'homme soupçonné d'être à la tête du réseau. Une centaine de gendarmes ont été mobilisés dans l'Aude, le Gard, la Loire, la Haute-Loire, les Alpes-de-Haute-Provence, le Cantal, le Puy-de-Dôme, la Drôme ou encore le Tarn-et-Garonne, pour procéder aux interpellations et perquisitionner des bureaux ou des abattoirs. Une dénonciation anonyme.

C'est une dénonciation anonyme adressée fin 2012 à la direction audoise de la protection des populations qui a déclenché l'enquête, aujourd'hui confiée à la section de recherches de Montpellier. L'affaire risque d'éprouver à nouveau la filière de viande de cheval. Celle-ci avait été durement touchée par la révélation, début 2013 qu'une entreprise de l'Aude, Spanghero, revendait de la viande de cheval pour du bœuf. Cette viande avait ensuite servi à la préparation de millions de plats cuisinés, comme des lasagnes, pour des grandes marques ou la grande distribution.

(L'essentiel Online/AFP)