AUDREY PULVAR

19 juillet 2012 12:59; Act: 19.07.2012 15:12 Print

«Gros malaise» à la rédaction des «Inrocks»

L’éditorialiste Thomas Legrand quitte la rédaction des «Inrocks» à cause de l’arrivée d'Audrey Pulvar. Le journaliste qui officie aussi sur «France Inter» craint pour la liberté du journal.

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Audrey Pulvar, ici aux côtés d'Arnaud Aubron (directeur développement), a fait fuir Thomas Legrand du magazine. (photo: AFP)

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Thomas Legrand a annoncé à Télérama son départ des Inrocks après l'arrivée de la compagne du ministre Arnaud Montebourg, Audrey Pulvar, comme directrice éditoriale, jugeant «impossible» de rester car le «journalisme politique est avant tout une lutte contre la communication». Le journaliste politique, qui signe également des chroniques sur France Inter et sur le site Internet Slate, a déclaré à Télérama avoir pris sa décision: «Dès que j'ai su qu'Audrey Pulvar arrivait. Je n'y ai pas cru au début, ça me semblait impossible!».

Elle trahit «son journal ou son compagnon»

Sollicitée mercredi par l'AFP, Audrey Pulvar n'a pas souhaité commenter. «Je n'ai rien contre elle. Je ne crains pas la censure, ni ses relectures orientées. Je sais qu'elle me laisserait libre. Je ne mets pas en cause sa capacité de schizophrénie», a ajouté M. Legrand. «Forcément, elle aura des infos: si elle les dit, elle trahit son compagnon. Si elle ne les dit pas, elle trahit son journal et sa condition de journaliste. Pour moi, c'était impossible de rester», a dit Thomas Legrand.

«Le journalisme politique, c'est avant tout une lutte contre la communication politique, un contre-pouvoir institutionnel. Un journal traitant de politique ne peut pas être dirigé par quelqu'un d'aussi impliqué personnellement dans la vie politique du pays», a-t-il ajouté. Audrey Pulvar, compagne du ministre du Redressement productif, a été nommée vendredi directrice en charge de l'éditorial des «Inrockuptibles». Elle forme un tandem avec Arnaud Aubron, directeur en charge du développement de l'hebdomadaire.

Un portrait de Montebourg

Dans une interview accordée lundi à l'AFP, elle a déclaré que l'hebdomadaire ne serait «ni une annexe ni une chambre d'écho ni un organe du parti socialiste, du gouvernement ou du chef de l’État». Dans le numéro publié ce mercredi, Thomas Legrand signe un éditorial sur Arnaud Montebourg, qu'il qualifie de «très "anti"», écrit avant l'arrivée de sa compagne au sein des Inrockuptibles. L'hebdomadaire publie également un article plutôt sévère sur le ministre, qui selon lui «a renoncé à son rôle de trublion au Parti socialiste».

«C'est le hasard, c'était prévu avant l'annonce de l'arrivée d'Audrey Pulvar. Mais vous voyez bien comment ça va être lu!», dit Thomas Legrand, évoquant «un gros malaise» au service politique de l'hebdomadaire depuis cette nomination. «On a fait une enquête récemment sur le PS, dans le Nord-Pas de Calais. Arnaud Montebourg s'est beaucoup impliqué dans cette histoire. On ne pourrait plus écrire cette enquête de la même façon: si on la maintenait, on nous reprocherait de faire sa pub, si on ne la maintenait pas, on se censurerait!», a-t-il expliqué.

(L'essentiel Online/afp)