En Asie

04 mars 2021 21:22; Act: 05.03.2021 13:05 Print

De nouvelles manifestations en Birmanie

Le rapporteur spécial des Nations unies recommande au Conseil de sécurité de discuter de la situation en Birmanie, de lui «imposer un embargo mondial sur les armes».

storybild

Malgré la crainte des représailles, plusieurs manifestations ont eu lieu jeudi, notamment à Rangoun, la capitale économique. (photo: AFP)

Sur ce sujet
Une faute?

Des manifestations pour réclamer le rétablissement de la démocratie ont de nouveau eu lieu en Birmanie, jeudi, au lendemain de la plus sanglante répression depuis la prise du pouvoir, le 1er février, par les militaires, auxquels le Rapporteur spécial de l’ONU a appelé à imposer «un embargo mondial» sur les livraisons d’armes.

Au moins 38 personnes, d’après les Nations unies, ont été tuées mercredi par les forces de sécurité, qui ont tiré à balles réelles sur des rassemblements de contestataires, suscitant de nouvelles protestations internationales.

Dans un rapport rendu public jeudi, Thomas Andrews, un expert indépendant mandaté par l’ONU, souligne que «même si l’avenir de la Birmanie est déterminé par son peuple, la communauté internationale doit agir de manière urgente et décisive pour le soutenir».

Le rapporteur spécial des Nations unies recommande en conséquence au Conseil de sécurité, qui se réunit vendredi à huis clos pour discuter de la situation dans ce pays, de lui «imposer un embargo mondial sur les armes», comme le font déjà, selon lui, les Européens et le Canada, appelant en outre à «des sanctions économiques ciblées» contre les généraux birmans.

L’armée doit cesser d’«assassiner et (d’) emprisonner les manifestants», a quant à elle exhorté Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, «consternée par les attaques documentées contre le personnel médical d’urgence et les ambulances qui tentent de prodiguer des soins aux personnes blessées».

«Nous sommes unis!»

Malgré la crainte des représailles, plusieurs manifestations ont eu lieu jeudi, notamment à Rangoun, la capitale économique. «Nous sommes unis!», ont scandé des contestataires derrière des barricades faites de vieux pneus, de briques, de sacs de sable et de fil de fer barbelé.

Non loin de là, des commerçants se dépêchaient d’écouler leurs marchandises. «C’est dangereux de rester ici. La police et l’armée tirent aussi dans les rues. Il vaut mieux rentrer à la maison et revenir le soir», a raconté un vendeur ambulant. Certains rassemblements ont été dispersés avec du gaz lacrymogène, d’après un média.

Dans le quartier de San Chaung, théâtre d’importantes violences ces derniers jours, des images du chef de la junte, Min Aung Hlaing, ont été placardées au sol pour que les piétons puissent les piétiner, une ruse pour gêner l’armée et la police qui n’oseront pas faire de même.

«Résister est notre devoir», a lâché Thinzar Shunlei Yi, une militante de premier plan, promettant de manifester tous les jours.

«Pas de pardon»

La junte semble plus déterminée que jamais à éteindre le vent de fronde soufflant sur la Birmanie depuis le putsch qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi.

Mercredi, des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des manifestants couverts de sang et blessés par balle à la tête. La télévision d’Etat a de son côté assuré que les forces de sécurité n’utilisaient que «des armes destinées au contrôle des foules afin de minimiser les blessures».

Au moins 54 civils ont été tués depuis le coup d’Etat, selon l’ONU. Parmi eux, quatre mineurs, dont un adolescent de 14 ans, d’après l’ONG Save the Children. On compte aussi des dizaines de blessés. L’armée a fait état pour sa part de la mort d’un policier. Sollicitée, elle n’a pas répondu aux multiples requêtes de l’AFP.

«Le recours à la force meurtrière (…) montre à quel point les forces de sécurité craignent peu d’être tenues pour responsables de leurs actes», a souligné Richard Weir, de l’ONG Human Rights Watch.

Une foule très importante a participé jeudi à Mandalay (centre) aux funérailles d’une femme de 19 ans qui s’est éteinte la veille. «Il n’y aura pas de pardon pour vous jusqu’à la fin du monde», a scandé l’assemblée, réunie devant son cercueil entouré de fleurs.

Kyal Sin est devenue un symbole: une photo où on la voit, peu de temps avant d’être visée par un tir mortel, portant un tee-shirt sur lequel est écrit «Tout ira bien» est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Appels internationaux

Le président français Emmanuel Macron a demandé «l’arrêt immédiat de la répression», tandis que le département d’État américain a exhorté la Chine à «user de son influence» auprès des généraux birmans. Boris Johnson, le Premier ministre du Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale, a «appelé à la fin de la répression militaire».

De son côté, celui qui avait été désigné mardi en qualité de nouvel ambassadeur de la Birmanie auprès de l’ONU par la junte après le limogeage du titulaire de ce poste a démissionné, assurant que son prédécesseur continuait à représenter son pays.

La Chine et la Russie, des alliées traditionnelles de l’armée birmane, n’ont quant à elles pas officiellement condamné le coup d’Etat, considérant la crise comme «une affaire intérieure».

La répression se poursuit aussi sur le terrain judiciaire. Aung San Suu Kyi, tenue au secret par l’armée, est désormais visée par quatre chefs d’inculpation, dont «incitation à des troubles publics», tandis que l’ex-président Win Myint est notamment accusé d’avoir enfreint la Constitution.

Plus de 1 700 personnes ont été arrêtées depuis le 1er février, d’après l’ONU. Les précédents soulèvements populaires de 1988 et de 2007 avaient été réprimés dans le sang par les militaires.

L’armée, qui conteste le résultat des élections législatives de novembre massivement remportées par le parti d’Aung San Suu Kyi, a promis d’organiser un nouveau scrutin, sans toutefois donner aucune date.

(L'essentiel/AFP)

Vous venez de publier un commentaire sur notre site et nous vous en remercions. Les messages sont vérifiés avant publication. Afin de s’assurer de la publication de votre message, vous devez cependant respecter certains points.

«Mon commentaire n’a pas été publié, pourquoi?»

Notre équipe doit traiter plusieurs milliers de commentaires chaque jour. Il peut y avoir un certain délai entre le moment où vous l’envoyez et le moment où notre équipe le valide. Si votre message n’a pas été publié après plus de 72h d’attente, il peut avoir été jugé inapproprié. L’essentiel se réserve le droit de ne pas publier un message sans préavis ni justification. A l’inverse, vous pouvez nous contacter pour supprimer un message que vous avez envoyé.

«Comment s’assurer de la validation de mon message?»

Votre message doit respecter la législation en vigueur et ne pas contenir d’incitation à la haine ou de discrimination, d’insultes, de messages racistes ou haineux, homophobes ou stigmatisants. Vous devez aussi respecter le droit d’auteur et le copyright. Les commentaires doivent être rédigés en français, luxembourgeois, allemand ou anglais, et d’une façon compréhensible par tous. Les messages avec des abus de ponctuation, majuscules ou langages SMS sont interdits. Les messages hors-sujet avec l’article seront également supprimés.

Je ne suis pas d’accord avec votre modération, que dois-je faire?

Dans votre commentaire, toute référence à une décision de modération ou question à l’équipe sera supprimée. De plus, les commentateurs doivent respecter les autres internautes tout comme les journalistes de la rédaction. Tout message agressif ou attaque personnelle envers un membre de la communauté sera donc supprimé. Si malgré tout, vous estimez que votre commentaire a été injustement supprimé, vous pouvez nous contacter sur Facebook ou par mail sur feedback@lessentiel.lu Enfin, si vous estimez qu’un message publié est contraire à cette charte, utilisez le bouton d’alerte associé au message litigieux.

«Ai-je le droit de faire de la promotion pour mes activités ou mes croyances?»

Les liens commerciaux et messages publicitaires seront supprimés des commentaires. L’équipe de modération ne tolérera aucun message de prosélytisme, que ce soit pour un parti politique, une religion ou une croyance. Enfin, ne communiquez pas d’informations personnelles dans vos pseudos ou messages (numéro de téléphone, nom de famille, email etc).

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 48 heures a été désactivé en raison du très grand nombre de commentaires que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.