Coronavirus en Espagne

26 mars 2020 17:08; Act: 26.03.2020 17:41 Print

«J'ai cinq patients pour un seul lit, je dois choisir»

Des soignantes espagnoles racontent leur quotidien face à la pandémie et dénoncent les manquements.

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Le personnel n'en peut plus, car de nombreux soignants ont été contaminés. (photo: AFP/Pierre-philippe Marcou)

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Sara, Regina, Sonia, Irene: ces soignantes espagnoles sont en première ligne pour lutter contre le nouveau coronavirus qui submerge de nombreux hôpitaux du deuxième pays d'Europe le plus endeuillé par la maladie. Elles ont raconté leur combat à l'AFP.

Sara Chinchilla, 32 ans, est pédiatre dans un hôpital à Mostoles près de Madrid, dont la région est la plus touchée en Espagne. L'affluence de patients y est telle qu'ils doivent sélectionner les personnes admises en unité de soins intensifs, donnant la priorité à ceux qui ont la plus longue espérance de vie, c'est-à-dire les plus jeunes et ceux ayant le moins d'antécédents.

«Des gens qu'on pourrait sauver sont en train de mourir»

«J'ai cinq patients pour un seul lit. Je dois choisir. Des gens qu'on pourrait sauver sont en train de mourir, parce qu'ils ne peuvent pas être admis en soins intensifs», explique la médecin.

Sara dénonce le manque de matériel de son hôpital. Ces derniers jours, il y a «plus de masques», mais «ce qu'il nous faut ce sont des assistants respiratoires. On pourrait sauver beaucoup plus de vies s'il y avait des assistants respiratoires».

«On en perd chaque jour un peu plus»

Le personnel n'en peut plus, car de nombreux soignants ont été contaminés - «on en perd chaque jour un peu plus» - mais aussi parce que l'hôpital s'est réorganisé pour accueillir un maximum de malades du coronavirus: «Il n'y a plus d'étage de gynécologie, de pédiatrie ou de traumatologie; maintenant l'hôpital entier traite le Covid».

«Il y a toujours plus de patients, et moins de médecins, la situation est critique», dénonce Sara. En Espagne, des milliers de soignants ont déjà été contaminés selon les autorités, et au moins trois sont morts du Covid-19.

Solitude «immense»

Regina Dalmau, 48 ans, est cardiologue à l'hôpital madrilène de La Paz. Elle reçoit des patients atteints du coronavirus depuis des semaines. «Quand tu quittes l'hôpital, tu sors encore plus triste. (Les patients) sont seuls. Quand ils meurent, ils meurent seuls. Quand tu arrives chez toi, tu dois le digérer, t'as besoin de pleurer. Ça, aucun de nous ne l'aurait imaginé», confie Regina.

La cardiologue assiste à des «situations très dramatiques» comme celle de patients à l'agonie dont l'adieu est d'une cruelle brièveté. «Tu appelles un proche pour qu'il vienne lui dire adieu», à condition qu'il n'ait eu ni symptômes, ni contacts avec le patient durant les cinq derniers jours. «Il peut rester dix minutes, mais il ne peut pas s'approcher» de son être cher. «La solitude est bilatérale et immense».

«Un masque n'est pas éternel»

Regina qualifie la situation de «guerre totale» et croit que «le pire» est à venir: les conséquences encore invisibles «des contaminations survenues il y a deux ou trois semaines». Pour elle, les autorités «ont terriblement mal géré» cette crise. Des rassemblements de centaines de milliers de personnes ont été autorisés juste avant le confinement national décrété le 14 mars, dont des matchs de football ou les manifestations féministes du 8 mars. «C'est le virus de la cécité», fulmine-t-elle.

Sonia Pacho, infirmière de 48 ans, travaille à l'hôpital de Galdácano près de Bilbao, au Pays Basque. C'est aussi là qu'exerçait la première soignante morte du coronavirus en Espagne, une infirmière de 52 ans. «Ça a été un coup de massue, tu ressens ton impuissance», témoigne Sonia.

«Un masque n'est pas éternel»

Elle intervient à domicile auprès de patients aux symptômes légers dans une large zone: «Je fais parfois plus de cent kilomètres» pour en voir un. Elle explique avoir testé des personnes de tout âge, équipée de gants, d'une blouse, d'une charlotte, d'un masque, de lunettes de protection et de couvre-chaussures en plastique, qu'elle doit ensuite retirer scrupuleusement.

Sonia décrit un manque de matériel de protection dans son hôpital qui «te limite énormément». «J'ai des collègues qui réutilisent leur masque continuellement» mais «un masque n'est pas éternel», insiste-t-elle.

«J'ai envie de retravailler»

Dans son hôpital, «l'atmosphère est si tendue qu'on pourrait la toucher». Mais il y a aussi «beaucoup de disponibilité» et de solidarité entre collègues pour se relayer ou faire des journées supplémentaires. «Si on m'appelait dans un service qui a besoin de renfort, bien sûr que j'irais», assure-t-elle.

Irene Sanz, pédiatre dans un hôpital de Valladolid (nord), est en arrêt maladie chez elle avec ses deux petits enfants depuis qu'elle a été testée positive au coronavirus, le 13 mars. «J'ai eu 39 degrés de fièvre durant plusieurs jours, dix jours au total, avec de vives douleurs musculaires, de la fatigue et un peu de toux», se souvient-elle.

«Nous avons des plans de contingence»

Maintenant qu'elle va mieux, elle espère que le prochain test sera négatif. «J'ai envie de retravailler, parce qu'avec tout le personnel qui se contamine, les effectifs sont chaque jour plus justes. Mais j'ai tout aussi peur de ce à quoi je serai confrontée», ajoute cette médecin de 35 ans.

Son hôpital a dû installer des lits de soins intensifs en dehors de l'unité dédiée pour les patients atteints du coronavirus, et «en fonction de la situation, nous avons des plans de contingence» qui obligeront les médecins d'autres spécialités à soigner les malades du coronavirus.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • pralin le 26.03.2020 17:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Quelle tristesse pour un grand pays , qui doit choisir qui doit être soignée où mourir, les couloirs des hôpitaux sont pleins avec des pauvres personnes couchés par terre, lamentable et les médecins et soignants épuisés , oh quelle misère .

  • fab57 le 26.03.2020 17:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    quelle misère...après cette crise , l Europe aura intérêt a penser autrement !!

  • Frederic le 27.03.2020 00:42 Report dénoncer ce commentaire

    Et pour connaître des espagnols. Ils me disent que nos gestes barrières et notre confinement n est pas suffisamment contraignant. Et en effet j en vois tous les jours partir travailler comme si de rien n était. On traîne juste à boucler vraiment les pays. On va le regretter.

Les derniers commentaires

  • user le 27.03.2020 19:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ho ils ont mis une ville en quarantaine. En seulement 3 jours et nous avons attendu 3 mois pour comprendre ce qui se passe. Franchement on est nul sur ce coup. Car les pays comme le Japon et la coré ont bien réagi mais certains entre nous refuse leur méthode soi-disant la culture sont différentes alors explique moi pk ces pays ne sont pas dans le KO

  • Miss57 le 27.03.2020 04:28 Report dénoncer ce commentaire

    Une presse libre en RPC aurait peut-être prévenu une pandémie. Sans le contrôle et la censure imposés par les autorités, les médias chinois auraient informé bien plus tôt le public de la gravité de l’épidémie de Covid-19, épargnant des milliers de vies et évitant peut-être la pandémie !!!

  • gigi le 27.03.2020 01:20 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C est l humanité qui disparaît si on a pas ce vaccin. Le traumatisme de milliers de proches, épouvantables....

  • Frederic le 27.03.2020 00:42 Report dénoncer ce commentaire

    Et pour connaître des espagnols. Ils me disent que nos gestes barrières et notre confinement n est pas suffisamment contraignant. Et en effet j en vois tous les jours partir travailler comme si de rien n était. On traîne juste à boucler vraiment les pays. On va le regretter.

  • mimi le 26.03.2020 23:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    On sera au même stade dans 3 à 4 semaines au Luxembourg il y a eu aussi la journée de la femme avec rassemblement match de foot dans les club ...... ne pensaient pas être à l’abri les vols en provenance d’Italie Londres..,. On était maintenu à Luxembourg pendant des semaines des centaines de passager contaminé non contrôlé à l’aéroport qui ont circulé tranquillement Ne pensais pas être à l’abris ne les plaignez pas nous sommes à plaindre et il est déjà trop tard