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16 décembre 2019 12:07; Act: 16.12.2019 12:11 Print

La communauté LGBT craint le Mondial 2022

Les mouvements LGBT craignent de ne pas être bien reçus dans le très conservateur émirat.

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Le Qatar a promis que tout le monde serait bien accueilli dans ses stades (ici le Khalifa Stadium). Mais certains en doutent. (photo: AFP/-)

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Le Qatar dit ouvrir grands ses bras aux supporters du monde entier dans l'optique du Mondial 2022 dans l'émirat conservateur, mais certains restent sceptiques, dans un pays où l'homosexualité reste théoriquement passible de la peine de mort.

«Nous vivons dans une société où les homosexuels ne sont pas encore reconnus. Être gay est haram», a déclaré à l'AFP un barman gay philippin de Doha, en référence au mot arabe utilisé pour désigner les interdits dans la religion musulmane. «Le Qatar n'est pas encore prêt», a-t-il poursuivi, préférant rester anonyme.

Pudeur

En septembre, le chef de l'organisation du Mondial 2022, Nasser al-Khater, a donné des gages d'ouverture. «Tout fan, quel que soit son sexe, son orientation (sexuelle), sa religion ou sa race, doit être assuré que le Qatar est l'un des pays les plus sûrs du monde, et qu'ils seront tous les bienvenus», a-t-il assuré.

Dans un pays qui applique la charia (loi islamique), le responsable a toutefois appelé à respecter la pudeur de mise dans l'émirat, qui se prépare à accueillir l'un des plus grands événements sportifs et festifs au monde, avec ses inévitables scènes de liesse. «Les manifestations publiques d'affection sont désapprouvées, cela ne fait pas partie de notre culture, et ça s'applique à tout le monde», a prévenu Nasser al-Khater.

«Inutile d'être paranoïaque»

Récemment, les organisateurs du Mondial 2022 se sont rendus en Grande-Bretagne pour rencontrer des fans de Liverpool, dont les Kop Outs, un groupe des supporters LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Paul Amann, fondateur des Kop Outs, qui comptent 150 membres et des milliers d'abonnés sur les réseaux sociaux, a ensuite effectué une visite à Doha avec son mari, en novembre, à l'invitation de ces organisateurs.

«Il y avait clairement une certaine appréhension, mon mari a dit la veille du départ qu'il aurait préféré ne pas avoir accepté», a commenté M. Amann. Contacté par l'AFP, cet employé municipal de 50 ans s'est néanmoins dit «très satisfait» de la politique d'ouverture affichée par Doha. «Inutile d'être paranoïaque, les gens ne vont pas se mêler de vos histoires personnelles», a-t-il avancé.

La pudeur ne convient pas à tous

«Si les gens suivent le conseil de ne pas manifester publiquement leur affection, je n'imagine pas qu'ils puissent être identifiables», a-t-il encore argué. Mais la pudeur prônée par l'émirat conservateur ne convient pas, par avance, à tous. C'est même «le plus dur», estime un chorégraphe sud-africain homosexuel, en visite à Doha. «On ne réalise pas à quel point il est difficile de se contrôler soi-même tant qu'on n'y est pas confronté», a-t-il fait valoir.

Lors d'une récente visite du Groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire, trois experts indépendants ont, eux, constaté le maintien en détention d'une personne transgenre, «jusqu'à ce qu'elle change de comportement». Les experts indépendants ont aussi fait état de la détention d'individus en raison de «crimes» liés à leur orientation sexuelle.

«Personne ne devrait être détenu au motif de la personne qu'il aime», a souligné Elina Steinerte, une spécialiste lettone des droits humains qui a pris part à cette visite. La question avait déjà été abordée à l'occasion du Mondial 2018 en Russie, où les militants LGBT sont souvent l'objet d'hostilité et de violences.

(L'essentiel/afp)