Vol MH370

27 mars 2014 08:27; Act: 27.03.2014 09:37 Print

La statistique, un moyen de retrouver l'avion

Des statisticiens américains ont commencé à travailler sur la disparition de l'avion de Malaysia Airlines. Ils avaient déjà réussi à localiser les boîtes noires du Rio-Paris d'Air France.

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L'aide de Metron, une société de conseil scientifique de Reston, près de Washington, n'a été officiellement sollicitée par personne pour retrouver le Boeing 777 disparu. Mais les scientifiques américains se sont néanmoins attelés à la tâche, sur la base des informations rendues publiques. «On essaye de trouver toutes les données possibles pour faire une estimation», a indiqué mercredi Van Gurley, responsable de la division de mathématiques appliquées de la société. «On la donnera à qui la veut».

Fondée en 1982, la société emploie 170 salariés, dont de nombreux mathématiciens et statisticiens. Metron effectue des analyses mathématiques pour des matériels utilisés par la sécurité nationale, comme les systèmes sonar. Elle a aussi développé un système de recherches pour les garde-côtes américains, sur la base d'un théorème découvert par un statisticien et philosophe anglais du XVIIIe siècle, Thomas Bayes.

Toute l'information étudiée

«C'est une méthode qui oblige à étudier toute l'information possible sur une question et à lui donner un indice de confiance», explique encore Van Gurley. C'est un peu comme quand on cherche des clefs dans une maison et qu'on élimine le grenier, où l'on ne va jamais, en concentrant d'abord ses efforts sur la cuisine, où l'on va chaque jour et où la probabilité de les retrouver est donc plus forte, résume-t-il. Aucune donnée n'est écartée et, au fur et à mesure qu'une information est confirmée (par exemple, un débris repéré par un satellite qui s'avère bien être un débris de l'objet recherché), la probabilité de localiser cet objet évolue.

Dans le cas du vol Rio-Paris d'Air France, qui s'était abîmé en mer en 2009 avec 228 personnes à bord, il s'agissait de retrouver les boîtes noires. Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), chargé de l'enquête, avait demandé à Metron de déterminer leur position la plus probable, qui s'était confirmée avec la découverte des boîtes par des engins sous-marins, en mai 2011. Mais, pour le cas du vol d'Air France, les recherches se concentraient sur un rayon de 130 km, car les débris de l'appareil avaient été localisés une semaine après l'accident, a expliqué Van Gurley. Autant dire une tête d'épingle, si on compare cette surface à la zone de l'océan Indien où «122 objets éventuels» de l'avion pourraient avoir été repérés par des satellites, selon les autorités malaisiennes.

Succès pas garanti

«Tout le monde veut savoir où il est et la réponse est: on n'en sait rien», souligne Van Gurley, devant son écran d'ordinateur, où s'affichent les zones de recherches. Des triangles verts y représentent les bateaux sur place, selon les données fournies par exactEarth, une société canadienne qui piste les mouvements des bateaux dans le monde en temps réel, en utilisant des signaux satellites. La zone de recherches ne montrait mercredi que trois triangles, ceux des navires australiens à la recherche de l'avion. Van Gurley concède que le théorème de Bayes ne garantit pas le succès.

Si les garde-côtes réussissent souvent à retrouver, par exemple, un pêcheur tombé à la mer, le système n'a pas permis de retrouver Steve Fossett, disparu en 2007 en volant au-dessus de la Californie. Son corps a été retrouvé un an plus tard, par un randonneur. Quant aux probabilités de retrouver le Boeing de Malaysia Airlines disparu, sans parler des causes de cette disparition, la technologie le permet, assure l'ingénieur. «On peut aller fouiller le fond de l'océan dans cette partie du monde, note-t-il, mais la tâche est immense, ce serait une question de temps et de volonté».

(L'essentiel/AFP)