En Méditerranée

30 juin 2020 07:35; Act: 30.06.2020 09:27 Print

«Pour nos familles, on est toujours morts»

À bord du navire humanitaire l'Ocean Viking, la tension est palpable parmi la centaine de migrants secourus en mer, faute de port pour accoster.

storybild

Beaucoup de migrants aimeraient donner des nouvelles à leurs familles. (photo: AFP/Shahzad Abdul)

Sur ce sujet
Une faute?

Le jeune Soudanais enlève son T-shirt et lance: «Je te jure, je vais sauter. Je ne sais pas nager, mais je ne peux plus rester ici!». A bord de l'Ocean Viking, au large des rivages de l'Europe méridionale, la tension monte parmi les migrants secourus en mer.

Cela fait cinq jours, mardi, que 118 migrants fuyant la Libye ont été recueillis à bord du navire humanitaire de SOS Méditerranée. Et pour certains, entassés à bord d'une embarcation en bois, le périple avait commencé 48 heures plus tôt. Depuis, ils errent souvent pieds nus sur le pont de ce bateau de 69 mètres, quand ils ne se serrent pas dans le conteneur blanc où ils dorment à même le sol.

«On veut parler à nos familles»

Ce lundi matin, le soleil cognait déjà fort en Méditerranée, entre la Sicile et Malte, où l'Ocean Viking tourne en rond en attendant qu'on lui attribue un port de débarquement. Et un groupe de Marocains, d'Egyptiens et un Soudanais ont sonné une révolte qui sommeillait depuis la veille, déjà.

Une revendication, unanime sur le bateau, domine: «On veut parler à nos familles. Je suis resté longtemps en mer, je n'ai pas prévenu la famille, qui doit penser que je suis mort. Je suis sûr que mes enfants se disent «papa est mort», répète inlassablement Saïd, un Égyptien de 35 ans au bord des larmes.

Rumeurs

Les esprits s'échauffent, les rumeurs font leur apparition. Les Bangladais à bord auraient ainsi accès à un réseau wifi et pourraient secrètement être en lien avec leur famille.

Il est «urgent qu'ils soient pris en charge», explique-t-on au sein de l'ONG qui affrète le bateau. En attendant, impossible de faire un pas sur le pont de l'Ocean Viking sans être interpellé par cette interrogation: «Quand est-ce qu'on arrive en Europe ?»

Pour y répondre, Maggie, responsable des questions humanitaires à bord, a fait défiler plusieurs groupes, par nationalités. Assis en ronde, elle rassure: «Selon le droit maritime international, n'importe quelle personne secourue en mer doit être amenée dans un port sûr, et la Libye n'est pas un pays sûr». «OK», répond un Bangladais. «Mais pour nos familles, pour l'instant, on est toujours morts.»

(L'essentiel/afp)