Assassinat de Samuel Paty

22 octobre 2020 08:03; Act: 22.10.2020 10:11 Print

Qui sont les sept personnes mises en examen?

L'enquête sur l'assassinat du professeur Samuel Paty a été confiée à un juge d'instruction pour «complicité d'assassinat terroriste» et «association de malfaiteurs terroriste».

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Parmi les sept personnes déférées devant la justice se trouvent également deux collégiens de 14 et 15 ans. (photo: AFP/Pascal Guyot)

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Voici ce que le procureur antiterroriste Jean-François Ricard a dit lors d'une conférence de presse à propos des suspects, sept personnes dont deux mineurs, mis en examen dans la soirée.

Un père d'élève et un prédicateur islamiste

Parmi les suspects figurent Brahim Chnina, le parent d'élèves qui avait appelé sur Internet à la mobilisation après les cours de M. Paty, et le sulfureux militant islamiste Abdelhakim Sefrioui. «Il est aujourd'hui clair que le professeur a été nommément désigné comme une cible sur les réseaux sociaux par les deux hommes au moyen d'une manœuvre et d'une réinterprétation des faits», a déclaré le procureur.

La fille de Brahim Chnina n'a assisté à aucun des deux cours, ni le 5 ni le 6 octobre, de Samuel Paty sur la laïcité. Le 6 octobre, elle était «absente pour maladie». Le 7 octobre, Brahim C. poste trois messages sur Facebook sur des faits dont sa fille a été «prétendument victime». Il appelle à l'exclusion de Samuel Paty. Il établit par ailleurs «un lien direct» entre cet évènement et l'exclusion de sa fille alors qu'il s'agissait d'une décision prise «pour des faits totalement distincts».

Le 8 octobre, Brahim C. poste une vidéo sur Facebook relayée ensuite sur YouTube. Le même jour, il rencontre Abdelhakim Sefrioui, avec qui il est en contact depuis environ un mois: ils vont voir la principale du collège. Le militant islamiste tourne ensuite une vidéo avec la collégienne devant l'établissement. Abdelhakim Sefrioui y parle d'un collège «où l'abject a eu lieu» et accuse l'enseignant d'avoir répondu à un prétendu appel d'Emmanuel Macron «à haïr les musulmans». L'assaillant Abdoullakh Anzorov s'est «directement inspiré des messages diffusés par Brahim C.», a assuré le procureur.

Le père d'élève a «réfuté toute volonté de violence à l'encontre de l'enseignant». La procédure a révélé plusieurs contacts téléphoniques et écrits entre Brahim C. et l'assaillant entre le 9 et le 13 octobre. Le père d'élève a assuré «avoir reçu des messages de soutien d'individus divers dont Anzorov dont il ne se souvenait pas spécifiquement». Abdelhakim Sefrioui a lui «réfuté toute responsabilité dans le passage à l'acte» de l'assaillant. Brahim Chnina et Abdelhaki Sefrioui ont été mis en examen pour «complicité d'assassinat terroriste». Ils ont été placés en détention, même si M. Chnina est en attente d'un débat sur cette question.

Les collégiens

Deux élèves du collège de 14 et 15 ans ont été mis en examen pour «complicité d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste» et laissés en liberté. «Poursuivre deux jeunes dans un dossier terroriste, qui plus est criminel, n'est pas une chose inédite mais interroge», a souligné Jean-François Ricard. L'identification du professeur par Abdoullakh Anzorov «n'a été rendue possible que grâce à l'intervention de collégiens», selon le procureur.

Il est reproché aux adolescents «de s'être maintenus en présence directe et prolongée d'Abdoullakh Anzorov l'après-midi du 16 octobre». Le procureur a détaillé la chronologie des faits. «À son arrivée aux abords du collège vers 14h, Abdoullakh Anzorov cherchait à identifier et abordait pour ce faire un élève en lui offrant une somme de 300 ou 350 euros. Le collégien qui acceptait se voyait remettre une partie de la somme et restait sur place avec l'auteur des faits jusqu'à l'arrivée d'autres camarades peu avant 16h».

D'autres jeunes se joignent alors à lui. Le collégien «leur a expliqué l'objet de sa mission et leur a offert de partager la somme d'argent». Certains ont refusé de rester. Ce jeune et un camarade ont «donné une description physique» de Samuel Paty à l'assaillant. «Ce dernier leur a déclaré avoir l'intention de filmer le professeur, de l'obliger à demander pardon pour la caricature du prophète, de l'humilier, de le frapper». Ces deux collégiens se sont mis «peu après à l'écart avec Abdoullakh Anzorov afin, semble-t-il, de se dissimuler des caméras de surveillance et d'un véhicule de police en patrouille».

«Peu avant 17h, plusieurs adolescents en lien avec les premiers désignèrent à l'assaillant Samuel Paty au moment où il sortait du collège. Abdoullakh Anzorov remettait le reliquat de la somme au premier adolescent et se lançait alors à la poursuite de la victime».

Les amis de l'assaillant

Deux amis de l'assaillant, Naim B. et Azim E., ont également été mis en examen pour «complicité d'assassinat terroriste». Un troisième proche, Yussu C., est lui poursuivi pour «association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d'atteintes aux personnes».

(L'essentiel/afp)