Turquie

12 juillet 2017 09:56; Act: 12.07.2017 10:34 Print

Un an après le putsch raté, un pays transformé

Depuis un an, le gouvernement turc mène une purge d'une ampleur inégalée dans l'histoire moderne du pays.

storybild

Recep Tayyip Erdogan doit prononcer un discours devant le Parlement, dimanche, à 01h32, à l'heure précise où l'assemblée nationale a été bombardée par les putschistes. Dans la nuit du 15 au 16 juillet (photo: AFP/Adem Altan)

Sur ce sujet
Une faute?

La Turquie commémore cette semaine la tentative de coup d’État du 15 juillet dernier visant à renverser le président Recep Tayyip Erdogan. La vigoureuse riposte de ce dernier a depuis lors bouleversé la situation politique, sociale et diplomatique du pays. Depuis un an, le gouvernement mène une purge d'une ampleur inégalée dans l'histoire moderne du pays, traquant inlassablement les sympathisants présumés du prédicateur Fethullah Gülen, désigné par Ankara comme le cerveau du putsch manqué. L'intéressé dément cependant des États-Unis, où il vit en exil.

Loin d'être affaibli, Recep Tayyip Erdogan se dresse plus fort que jamais et ses détracteurs l'accusent de profiter de l'état d'urgence en vigueur depuis le coup de force pour asphyxier toute forme d'opposition. Le putsch avorté a également eu des retombées importantes sur les relations diplomatiques de la Turquie, pays candidat à l'UE et membre de l'OTAN, dont les relations avec l'Occident se sont fortement tendues depuis un an.

Reformatage de l’État

«L'impact du putsch manqué a été considérable», remarque Jean Marcou, chercheur associé à l'institut français d'études anatoliennes. Il souligne que le coup de force a été suivi d'un «véritable reformatage de l’État» avec «des purges systématiques et radicales». Des événements seront organisés à travers le pays pour rendre hommage aux quelque 250 «martyrs» du putsch qui font aujourd'hui l'objet d'un véritable culte.

Les principales manifestations sont prévues à Ankara et Istanbul. Recep Tayyip Erdogan doit prononcer un discours devant le Parlement, dimanche, à 1h32, à l'heure précise où l'assemblée nationale a été bombardée par les putschistes. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, les habitants des deux plus grandes villes de Turquie ont été tenus en éveil par les avions de chasse survolant les habitations, les tirs d'hélicoptères sur les manifestants opposés au coup et les chars des putschistes patrouillant les rues.

Éradiquer le virus

Affirmant vouloir rétablir la «démocratie», un groupe de militaires factieux se faisant appeler le «conseil de la paix dans le pays» affirme alors avoir pris le pouvoir. Mais de la station balnéaire du sud-ouest de la Turquie où il est en vacances, Recep Tayyip Erdogan contre-attaque. À travers un écran de téléphone, il exhorte ses partisans à descendre dans la rue. Des dizaines de milliers de personnes répondent à son appel.

L'un des épisodes les plus marquants se joue sur l'un des ponts qui enjambent le Bosphore, rebaptisé depuis le «pont des martyrs du 15 juillet», où des éléments factieux ont tiré sur des civils. Leur reddition, au petit matin, symbolisera l'échec du coup de force. La défaite des putschistes a été saluée par Recep Tayyip Erdogan comme une victoire des forces démocratiques en Turquie. Mais l'espoir d'ouverture et de rassemblement s'est rapidement éteint devant l'ampleur de la réponse des autorités.

Promettant d'éradiquer le «virus» factieux, le gouvernement a lancé des purges massives. Plus de 50 000 personnes ont été arrêtées, plus de 100 000 limogées ou suspendues. Dépassant le cadre des partisans présumés de Fethullah Gülen, cette traque a touché les milieux pro-kurdes, dont les principaux dirigeants politiques, qui s'étaient pourtant opposés au putsch, ont été écroués, des journalistes critiques ou encore des membres de l'ONG Amnesty International.

Erdogan plus fort

Un an après avoir survécu à la plus rude épreuve de sa vie politique, Recep Tayyip Erdogan semble au faîte de sa puissance. L'armée, auteur de plusieurs coups d'État dans l'histoire de la Turquie, a été reprise en main, et une révision constitutionnelle controversée permet en théorie à Recep Tayyip Erdogan de rester au pouvoir jusqu'en 2029.

Ces développements ont profondément polarisé la société entre pro et anti-Erdogan. Un mouvement de protestation pour défendre «la justice» conduit par le leader du principal parti d'opposition (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, est parvenu à mobiliser des centaines de milliers de mécontents pour un grand rassemblement dimanche. Mais un an après, des questions se posent toujours sur l'identité exacte des putschistes et sur le film des événements. Ankara semble peiner à imposer sa version aux capitales occidentales.

Ce décalage a provoqué des frictions diplomatiques. Ankara a réagi avec colère aux critiques européennes sur les atteintes aux libertés, et réclame sans ménagement à Washington l'extradition de Fethullah Gülen, une requête restée lettre morte à ce jour.

(L'essentiel/nxp/ats)

Vous venez de publier un commentaire sur notre site et nous vous en remercions. Les messages sont vérifiés avant publication. Afin de s’assurer de la publication de votre message, vous devez cependant respecter certains points.

«Mon commentaire n’a pas été publié, pourquoi?»

Notre équipe doit traiter plusieurs milliers de commentaires chaque jour. Il peut y avoir un certain délai entre le moment où vous l’envoyez et le moment où notre équipe le valide. Si votre message n’a pas été publié après plus de 72h d’attente, il peut avoir été jugé inapproprié. L’essentiel se réserve le droit de ne pas publier un message sans préavis ni justification. A l’inverse, vous pouvez nous contacter pour supprimer un message que vous avez envoyé.

«Comment s’assurer de la validation de mon message?»

Votre message doit respecter la législation en vigueur et ne pas contenir d’incitation à la haine ou de discrimination, d’insultes, de messages racistes ou haineux, homophobes ou stigmatisants. Vous devez aussi respecter le droit d’auteur et le copyright. Les commentaires doivent être rédigés en français, luxembourgeois, allemand ou anglais, et d’une façon compréhensible par tous. Les messages avec des abus de ponctuation, majuscules ou langages SMS sont interdits. Les messages hors-sujet avec l’article seront également supprimés.

Je ne suis pas d’accord avec votre modération, que dois-je faire?

Dans votre commentaire, toute référence à une décision de modération ou question à l’équipe sera supprimée. De plus, les commentateurs doivent respecter les autres internautes tout comme les journalistes de la rédaction. Tout message agressif ou attaque personnelle envers un membre de la communauté sera donc supprimé. Si malgré tout, vous estimez que votre commentaire a été injustement supprimé, vous pouvez nous contacter sur Facebook ou par mail sur feedback@lessentiel.lu Enfin, si vous estimez qu’un message publié est contraire à cette charte, utilisez le bouton d’alerte associé au message litigieux.

«Ai-je le droit de faire de la promotion pour mes activités ou mes croyances?»

Les liens commerciaux et messages publicitaires seront supprimés des commentaires. L’équipe de modération ne tolérera aucun message de prosélytisme, que ce soit pour un parti politique, une religion ou une croyance. Enfin, ne communiquez pas d’informations personnelles dans vos pseudos ou messages (numéro de téléphone, nom de famille, email etc).

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 48 heures a été désactivé en raison du très grand nombre de commentaires que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • Marina le 12.07.2017 13:22 Report dénoncer ce commentaire

    Cela fait froid dans le dos. Il y a 5 - 10 ans, la Turquie était un pays ouvert, quasiment rentré dans l'UE. Et puis, ce type a obtenu le pouvoir, soutenu le port du voile des femmes dans la société civile et l'université, puis 5 - 10 ans de petits changements similaires. Aujourd'hui, il a presque toutes les caractéristiques d'un dictateur, comme il y en a/avait tant au Moyen-Orient. C'est même fort possible qu'il aie organisé le coup pour faire les dernières mesures dictatoriales. Mega- creepy.

  • Jean le 12.07.2017 11:54 Report dénoncer ce commentaire

    Et alors, L'EU n'ecoute plu personne et les politiques font exactement ce qu'il veulent de notre argent et de nos conditions de vie, pourquoi pas lui?!

Les derniers commentaires

  • Marina le 12.07.2017 13:22 Report dénoncer ce commentaire

    Cela fait froid dans le dos. Il y a 5 - 10 ans, la Turquie était un pays ouvert, quasiment rentré dans l'UE. Et puis, ce type a obtenu le pouvoir, soutenu le port du voile des femmes dans la société civile et l'université, puis 5 - 10 ans de petits changements similaires. Aujourd'hui, il a presque toutes les caractéristiques d'un dictateur, comme il y en a/avait tant au Moyen-Orient. C'est même fort possible qu'il aie organisé le coup pour faire les dernières mesures dictatoriales. Mega- creepy.

    • KANGAL le 12.07.2017 17:35 Report dénoncer ce commentaire

      laissons les tranquilles... ils sont hereux les turcs

  • Jean le 12.07.2017 11:54 Report dénoncer ce commentaire

    Et alors, L'EU n'ecoute plu personne et les politiques font exactement ce qu'il veulent de notre argent et de nos conditions de vie, pourquoi pas lui?!

    • fabilux le 12.07.2017 19:04 Report dénoncer ce commentaire

      non à la dictature nocive pour tout le pays .

    • @Jean le 13.07.2017 00:39 Report dénoncer ce commentaire

      Vous comparez franchement ce qui se passe en lTurquie à l'UE ?! Je crains que vous n'ayez pas saisi du tout l'ampleur des changements que ce pays est en train de parcourir.