En Tunisie

04 mars 2021 19:19; Act: 04.03.2021 19:22 Print

Une militante en prison pour des insultes

Rania Amdouni a été la cible d’une campagne de dénigrement alimentée par des syndicats policiers après avoir participé à des manifestations contre la répression policière.

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Rania Amdouni, ici habillée en clown, est connue pour sa présence exubérante lors des mobilisations pro-démocratie (photo: AFP)

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Une militante féministe tunisienne a été condamnée à six mois de prison ferme jeudi pour des insultes dans un commissariat, où elle tentait de déposer une plainte contre des policiers, un jugement qui risque de «faire taire la jeunesse», selon son association.

Rania Amdouni, militante LGBTQI+ (Lesbienne, gay, bi, trans, queer et intersexuel) de 26 ans connue pour sa présence exubérante lors des mobilisations pro démocratie, a été la cible d’une campagne de dénigrement alimentée par des syndicats policiers après avoir participé à des manifestations contre la répression policière en janvier.

Plaintes

Sa photo accompagnée de commentaires dégradants et d’autres données personnelles comme son adresse ont été diffusées sur les réseaux sociaux, alors qu’elle était déjà en plein bras de fer avec la police.

La jeune femme avait porté plainte contre des policiers après la confiscation arbitraire de sa carte d’identité et des insultes homophobes durant un contrôle qui avait dégénéré en violences en août dernier dans le centre de Tunis. Une enquête interne a été lancée par l’Inspection de police, qui a entendu Mme Amdouni fin février.

«C’est un jugement qui va museler la jeunesse»

En dépit de multiples démarches devant le tribunal pénal et administratif, «personne d’autre n’a été entendu, ni témoins ni accusés, et la justice a refusé de partager les images de vidéosurveillance» qui auraient permis d’établir les faits, a déploré son avocat, Me Amine Hadiji. «Les insultes et intimidations étaient quotidiennes, elle était à bout de nerfs», a-t-il souligné à l’AFP.

Après de nouvelles insultes essuyées samedi soir, Mme Amdouni s’est rendue au commissariat où elle a été arrêtée. Elle est condamnée à six mois de prison ferme jeudi pour outrage à un agent de l’Etat, ainsi que neuf dinars (trois euros) d’amende pour ivresse, et autant pour troubles à l’ordre public, a précisé à l’AFP Me Hadiji, qui va interjeter appel.

«C’est un jugement qui va museler la jeunesse», a souligné le militant Badr Baabou, de l’association de défense des droits, Damj, dont faisait partie Mme Amdouni. «C’est un message à tous ceux qui manifestent ou qui dénoncent les dépassements de la police, pour les faire taire», a-t-il déploré.

(L'essentiel/afp)