SéRIE TéLéVISION

06 décembre 2012 09:45; Act: 06.12.2012 11:02 Print

Qu'est-ce qui fait le succès de «Mentalist»?

La série s'affiche depuis 2010 comme la série la plus regardée en France toutes chaînes confondues, un succès lié au genre, les Français étant très friands de policiers selon des spécialistes du secteur.

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Depuis fin août, la saison 4 réunit chaque mardi sur TF1 en moyenne 8,7 millions de téléspectateurs. Mardi dernier ils étaient 8,8 millions. Depuis sa toute première diffusion en janvier 2010, la série enregistre la meilleure audience, toutes chaînes confondues, selon l'institut Médiamétrie. Le record a été atteint en août 2011, à 10,4 millions. Comment expliquer la popularité de Patrick Jane (incarné par l'acteur australien Simon Baker), ce fin psychologue un peu manipulateur qui offre ses services comme consultant indépendant au Bureau d'investigation de Californie?

Dirigé par le chef de l'équipe du CBI Teresa Lisbon (Robin Tunney), il résout très efficacement les enquêtes, mais peine à trouver le tueur en série qui a assassiné son épouse. «Déjà le genre policier en France fonctionne bien. Mentalist est consensuel, pas violent, il y a de l'humour, les personnages sont sympathiques et attachants. Tous ces ingrédients permettent de réunir plus de gens devant la TV», résume Aliette de Villeneuve, conseillère au sein du Imca, un cabinet spécialisé dans les médias. «Le scénario fait qu'on peut attraper la série en cours. C'est simple à comprendre pour tout le monde», ajoute Marjolaine Boutet, auteure de plusieurs ouvrages sur les séries. Les Français se singularisent de leurs voisins européens par un grand appétit pour les policiers américains. D'où le succès des «Experts», «NCIS», «Bones» et autres «Lie to me».

Avatar de Colombo

Mais cet intérêt pour les policiers en général n'explique qu'en partie le succès de «Mentalist». La clé est dans le personnage principal. À commencer par sa technique pour trouver les coupables: «Il résout avec son seul sens de l'observation. Et ça, c'est très gratifiant pour le téléspectateur parce qu'il s'imagine pouvoir faire pareil», analyse Mme Boutet. Il trouve les coupables «à l'ancienne, et non pas avec des moyens compliqués comme chez "Les Experts" et leur science, leurs microscopes et leurs machines hors du commun», dit-elle, en faisant un parallèle avec «Colombo», qui a ravi les téléspectateurs du monde entier sur plus de trois décennies.

Clin d'œil à son illustre aîné, Patrick Jane roule également dans une vieille voiture de marque française, une DS. Toutefois, il est beaucoup plus complexe et sombre, ce qui plaît. François Jost, sociologue spécialisé dans les médias, estime que la capacité du personnage principal à «communiquer d'âme à âme» répond à «un désir inassouvi de notre société contemporaine à plus de transparence». «Il est très symptomatique de notre société qui rêve d'une transparence perdue, d'une envie de voir à travers les obstacles, à travers des institutions et les États», selon M. Jost, auteur de «De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme?».

«C'est un héros qui joue les antihéros. Il a ce côté sympathique et horripilant à la fois, chic et souriant d'un côté et manipulateur de l'autre. Une ambivalence qui attire», estime Mme de Villeneuve. «Il a ce côté sombre, très contemporain. Le personnage a des failles qui s'accentuent au fil des saisons. Il y a aussi cette relation amoureuse jamais consommée qui maintient l'intérêt du téléspectateur», selon Mme Boutet. La large représentativité sociale fait mouche. «On passe de la ville à la campagne, puis aux banlieues résidentielles. On change de milieu social à chaque épisode. Il y a une peinture de la société américaine contemporaine très intéressante», souligne-t-elle.

(L'essentiel Online/AFP)