Pornostar

29 mai 2012 14:34; Act: 30.05.2012 11:09 Print

Katsuni: «Je veux devenir maman»

N'en déplaise à certains, la star du X se dit heureuse et épanouie dans son métier. Une fois sa carrière terminée, elle pense bien fonder une famille.

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À la fois styliste en lingerie, animatrice-télé et chroniqueuse, la Lyonnaise de 33 ans est déjà prête pour sa reconversion. (photo: Petit Coeur)

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Vous avez commencé des études de lettres afin de devenir prof de littérature. Pour quelles raisons avez-vous préféré vous lancer dans une carrière d’actrice porno?

Faire du porno représente une forme de sacrifice professionnel et privé et je n'avais aucune garantie, ni aucun plan en me lançant dans le X. Néanmoins, j'ai débuté discrètement alors que j'étais encore étudiante, j'ai eu le temps de voir si l'aspect sexuel me convenait, c'était ça qui m'importait, pas l'argent ni la gloire; et je me sentais appelée à me lancer dans une telle aventure, pour moi rien n'arrive par hasard. Je ne me voyais pas avoir un mode de vie réglé sur des horaires fixes, une hiérarchie, un programme. Je me sentais déjà enfermée. J'ai suivi mon instinct et je ne l'ai jamais regretté.

Comment a réagi votre entourage face à cette décision?

Ma famille l'a appris bien plus tard. Choquée et déçue bien sûr, comment ne pas l'être? Mes amis ont été très étonnés car je ne correspondais pas du tout à la fille sexy exhib' à l'aise avec les garçons. J'étais très réservée et discrète. Personne n'a au départ compris mon choix mais aujourd'hui tout le monde le respecte et m'encourage à aller plus loin, au-delà du X. Ils souhaitent tous que je sois heureuse, or, je ne l'ai jamais été autant!

Quels sont les avantages que vous apporte le métier d’actrice X?

Le plaisir sexuel à travers des situations extrêmes, drôles, originales... pouvoir le partager; l'argent, les voyages, la nouveauté, l'aventure, la liberté, la possibilité de m'exprimer aussi autrement grâce à la notoriété, et surtout une expérience de vie hors norme très enrichissante.

Et quels en sont les inconvénients?

La solitude, la difficulté (voire l'impossibilité) à avoir une vie sentimentale saine, parfois la souffrance physique et la discrimination, l'addiction sexuelle, les MST, la marginalisation, l'exposition à vie avec l'étiquette X, la précarité. Il faut être mentalement stable tout en cultivant une forme de folie, savoir jongler avec ses limites et ses priorités.

En dix ans de carrière, vous avez tourné plus de 400 films et reçu une trentaine de récompenses. Ressentez-vous une lassitude?

J'ai encore du plaisir à tourner et je dirais même plus qu'avant! Je suis depuis mes débuts devenue une femme, je sais ce que j'aime et comment l'obtenir, je suis célibataire, mais j'ai clairement envie de nouveauté, de nouveaux défis à relever, d'activités intellectuellement stimulantes. Parallèlement à mes tournages je développe donc des projets stables pour la suite.

Avez-vous pu créer des liens d’amitiés sincères avec certains professionnels du X (acteurs, actrices, réalisateurs). Si oui, lesquels?

Mon meilleur ami, Alain Payet, était réalisateur et nous a quittés il y a quelques années. Cet homme avait un cœur en or. Mes deux meilleurs amis actuels Nomi et Marc Barrow sont des anciens acteurs et actrices pornos mais ne sont plus ou presque plus en activité. C'est aussi pour cela que je les apprécie autant, ils ont su prendre du recul. Je n'ai pas d'amis dans le X, juste du copinage. L'exception: Belladonna avec qui je tisse des liens très sincères. C'est une femme extraordinaire.

Vous reconnaît-on dans la rue? Quelles sont les réactions des gens en général?

En France oui, je n'y échappe pas, même quand j'essaie de me camoufler. C'est assez normal après toutes ces années. Les gens sont toujours contents et assez cools, hommes comme femmes, mais certains manquent juste un peu d'éducation ou peuvent se montrer lourds. M'interrompre alors que je suis au téléphone ou en pleine discussion avec quelqu'un, me prendre en photo quand je suis au restaurant ou avec de la famille... J'ai souhaité cette popularité mais il y a un temps pour tout. Aux USA, les gens n'ont pas ce rapport là aux «célébrités». J'ai un jour croisé Rihanna dans une boutique et personne n'est venu lui parler!

Que pensez-vous de la reconversion de Clara Morgane après son bref passage dans le X? Un exemple à suivre?

Si j'avais souhaité suivre le même cursus je n'aurais pas tourné 400 films! La carrière de Clara est un bel exemple de réussite mais il n'est pas mon modèle. Nous n'avons pas choisi le porno pour les mêmes raisons. J'aime le porno et j'y ai ma place. J'avais des choses à y accomplir. Mon rêve aujourd'hui n'est pas de devenir chanteuse mais de simplement continuer à m'exprimer que ce soit au travers de la sexualité, de la scène, de l'image, de l'écriture. Tout ce qui m'importe est de suivre ma voie.

Comment avez-vous concilié votre vie sentimentale avec votre profession jusqu’à présent? Comment êtes-vous perçue par les hommes en général?

J'ai été rarement célibataire bizarrement. Je dis ça car je n'ai jamais cherché à avoir de petit amis. J'ai donc vécu quelques histoires avec du bon et du moins bon mais dans tous les cas, je dois admettre que ce métier n'est pas compatible avec une vie de couple équilibrée, du moins pas celle que je souhaite. Il semble qu'en général, de par mon métier, je fascine les hommes. Il y a ce phénomène d'attraction/répulsion. C'est quelque chose qui m'amuse, mais au final ce sont les relations «vraies» qui m'intéressent. D'ailleurs, j'ai beaucoup d'amis hommes et il n'y a aucun malentendu.

Êtes-vous toujours en couple avec l’acteur X Manuel Ferrara. Est-ce la solution: sortir avec un collègue?

Nous avons rompu dernièrement. Sortir avec un collègue est sans doute le plus viable mais encore une fois la vie de couple dont je rêve ne peut correspondre à un tel métier car il a beaucoup trop d'impact sur la vie privée. Je serai prête à rencontrer quelqu'un de bien le jour où j'aurai arrêté le X. C'est désormais une évidence. D'ici là je préfère rester une joyeuse célibataire.

Êtes-vous déjà tombée amoureuse sur un tournage?

J'ai déjà eu des coups de cœur, des coups de foudre sexuels, mais quand la caméra était coupée, je revenais à moi. On quitte parfois un tournage avec une certaine tendresse car on peut vraiment partager de très belles choses, physiquement, mentalement, émotionnellement. Je me souviens être rentrée bouleversée d'une scène justement tournée avec Belladonna. Ce jour-là j'ai su que j'étais bi.

Comment gérez-vous le fait qu’avec Internet, il restera toujours des images de vous classées X?

On fait un vrai lâcher-prise quand on commence le porno, c'est à la fois une revendication à disposer de son corps et à la fois un abandon; et c'est quand on arrête de tourner qu'on reprend pleinement possession de soi. C'est alors qu'on prend le recul qui nous fait réaliser ce qu'on a fait. Je ne parle pas de regret mais de rapport à l'images, et c'est là qu'assumer devient difficile. Je suis consciente de tout ça et je sais que le plus dur au final est à venir. J'ai par ailleurs écrit un article sur mon questionnement d'actrice X qui souhaite devenir maman.

Comment parlerez-vous de votre passé professionnel à vos enfants?

Cette question ne s'est jamais posée jusqu'à il y a quelques mois et aujourd'hui je sais que je veux être maman mais je dois faire les choses dans l'ordre. Arrêter le porno, avoir une situation stable, rencontrer l'homme avec qui je voudrais partager ma vie, je verrai ensuite.

Vous êtes animatrice-télé, comédienne, stripteaseuse, chroniqueuse, styliste en lingerie... Êtes-vous déjà prête pour une reconversion?

Ma reconversion c'est ça. C'est continuer d'évoluer, ça ne veut pas dire claquer la porte du porno et tout recommencer à zéro mais développer mes activités qui tournent toutes autour de la même et unique motivation: vivre et partager le plaisir, il y a mille et une manière de le faire: mon blog, ma lingerie, bientôt mon livre. J'envisage aussi de donner des cours de strip-tease.. et croyez-moi , pleins d'autres jolies choses sont à venir!


Une interview de Katsuni, dans l'émission «Morandini» en 2010:

(L'essentiel Online / Ludovic Jaccard)