Confessions

07 septembre 2018 10:15; Act: 07.09.2018 12:25 Print

Chris: «J'avais faim et envie de sexe»

Christine and the Queens, qui se fait désormais appeler Chris, constate qu'être une femme de pouvoir peut effrayer beaucoup d'hommes...

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L'artiste française de 30 ans cultive désormais un look androgyne.

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La chanteuse au look androgyne a eu du mal à gérer son succès. Pour la Nantaise de 30 ans, qui sortira son deuxième album, «Chris», le 21 septembre, il n'est pas évident d'être une femme qui a de l'argent et qui aime le sexe.

Est-il vrai que vous avez honte des privilèges que le succès vous apporte?

Oui, mon milieu social d'origine m'est revenu en pleine gueule quand j'ai commencé à avoir plus d'argent. Je me suis rendu compte que c'était quelque chose que je ne savais pas du tout recevoir et ça m'a fait beaucoup réfléchir. Je pense que j'ai une mémoire sociale en moi, transmise par mes parents, qui est de classe ouvrière. Donc quand j'ai commencé à avoir de l'argent ça m'a paru obscène. Déjà, je ne savais pas quoi en faire. Je n'arrivais pas à y toucher. J'étais dans des dénis incroyables. Et mes parents aussi, on était comme paralysés par ce qui se passait.

Vous l'évoquez dans votre nouveau disque.

Oui, il y a des présences de thune dans l'album. Quand tu deviens une femme puissante qui commence à avoir de l'argent, tu gagnes le statut de femme patronne avec sa carte bleue. Il m'est arrivé de vouloir payer un resto à trois gars qui se sont sentis outrés et ont refusé. Je leur ai dit: «Je ne vous ai pas émasculés. Je vous invite, c'est tout!» Un gars qui a du succès c'est beaucoup moins effrayant. J'ai d'ailleurs beaucoup regardé le documentaire sur Madonna réalisé dans les années 1990, «In Bed with Madonna».

Pourquoi Madonna?

Je trouve ça génial parce que c'est quand même une des seules femmes qui était complètement puissante mais menaçante aussi, parce qu'elle s'excusait pas du tout d'être puissante. Il y avait un truc de dominatrice absolue chez elle. Il y a des pop stars aujourd'hui qui sont très puissantes mais trouvent une façon de rendre ça inoffensif. Alors que Madonna allait nous manger tout crus. Et je trouve ça moderne encore aujourd'hui de travailler ça, la menace d'une femme puissante, phallique quoi.

Vous incarnez un peu cette femme phallique aujourd'hui.

Oui, ça m'intéressait parce que j'ai écrit dans des états ou j'avais faim et envie de sexe. Comme on dit en anglais, j'étais « horny, hungry, angry ». Les trois péchés capitaux pour une femme. Les femmes qui ont envie de sexe sont des salopes. Il y a une façon de toujours rendre ça un petit peu sale pour une femme, d'être affamée de choses. Quand tu as trop de choses à la fois c'est suspect.

C'est-à-dire?

Tu ne peux pas être la fois une intellectuelle et une salope par exemple. Mais moi, j'aime bien lire et en même temps j'ai envie de baiser. Et puis j'ai faim et j'ai de l'argent. Je suis tout ça à la fois. Je trouve ça beau de travailler ces figures féminines romanesques qui sont dans l'excès parce que c'est souvent chez les garçons qu'on travaille l'excès de cette façon. Chez les filles, il y a toujours une petite façon d'être, de rassurer.

Regardez le dernier clip de la chanteuse, «5 dollars»:

(L'essentiel)