Ariana DeBose

06 décembre 2021 09:25; Act: 06.12.2021 10:06 Print

«Je refuse de cacher qui je suis»

À l’affiche de «West Side Story», l’actrice espère aider les jeunes LGBTQ en assumant fièrement son homosexualité.

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Star montante de Hollywood, Ariana DeBose, 30 ans, n’a jamais dissimulé son orientation sexuelle. (photo: AFP/Chris Pizzello)

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Celle qui incarne Anita dans «West Side Story» est la vraie révélation et star du remake de Steven Spielberg. Née d’un père afro-portoricain et d’une mère blanche institutrice, Ariana DeBose assume sa différence et son engagement pour la cause LGBTQ.


Quel est l’intérêt de faire un remake d’un classique comme «West Side Story»?

L’original date de 1961 et c’est dingue de constater que, 60 ans plus tard, l’inégalité dans la société et le manque d’ouverture d’esprit existent toujours. Le racisme que dénonce «WSS» a toujours cours aujourd’hui. Je suis Afro-Latina et je revendique cela haut et fort. On a trop souvent l’image d’une Latina à la peau claire, c’est faux! Je revendique ma couleur de peau, ma sexualité et mes origines.

Faut-il une force de caractère pour s’exprimer ainsi?

J’ai été élevée par une mère célibataire qui bossait dur pour me permettre d’aller à l’école et prendre des cours de danse. Quand je lui ai dit que j’étais gay, elle m’a soutenue sans poser de question. Cela m’a permis de m’afficher au lycée sans craindre les ricanements ou les remarques d’autres élèves.

On dit souvent que les acteurs gays doivent cacher leur sexualité pour réussir à Hollywood…

Je refuse de cacher qui je suis! Là aussi, je dois ma force à ma maman. Elle m’a encouragée, même si elle n’avait pas d’argent à me donner, mais j’ai passé des auditions, trouvé de petits jobs. Ma mère me disait toujours de foncer, car je pouvais rentrer à la maison si j’en avais marre d’être rejetée. Je pense qu’il est important pour d’autres filles de couleur et d’autres jeunes de la communauté LGBTQ de se voir représenter à l’écran. Je suis fière de «West Side Story» et j’espère inspirer d’autres jeunes à se lancer dans le spectacle en se disant que, si une fille comme moi y arrive, ils le peuvent aussi.

Que représente le personnage d’Anita pour vous?

Anita est au plus profond de moi. Avec une maman célibataire, je n’ai pas grandi avec une grande famille latine autour de moi. Incarner Anita a été une expérience unique, car je ne m’étais jamais sentie autant en communion avec un rôle auparavant. Cela dépasse le fait de parler espagnol, c’est dans mon sang, c’est dans mon ADN. La nourriture, les odeurs, les épices, j’ai retrouvé tout ce qui a bercé mon enfance en jouant Anita.

Qu’est-ce qui vous attire vers les comédies musicales?

C’était sûrement ma destinée, car j’ai découvert le théâtre à l’école. J’ai vu le film «Moulin Rouge» et je suis tombée amoureuse du rôle de Nicole Kidman. Je ne rêvais que d’une chose: être sur scène.

Cela a dû être intéressant de vous retrouver face à Kidman dans «The Prom» l’an passé?

Absolument! Et je n’ai pas été déçue, car Nicole est douce, bienveillante et adorable. Je suis consciente de ma chance depuis quelque temps. Être une femme de couleur gay et avoir de multiples opportunités comme celle de tourner sous la direction de Steven Spielberg, c’est quelque chose que je n’aurais jamais espéré il y a encore quelques années.

(L'essentiel/Henry Arnaud, Los Angeles)