Ski freeride

26 octobre 2021 15:25; Act: 26.10.2021 16:02 Print

Elisabeth Gerritzen, le genre de femme qui bouscule

Elisabeth Gerritzen a dû attendre d'être double championne du monde de freeride pour avoir du crédit dans un monde «hyper paternaliste» qu'elle veut aujourd'hui bousculer.

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La Suissesse veut faire évoluer les mentalités. (photo: Instagram)

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Son domaine, c'est la mythique montagne de Verbier qui culmine en Suisse et érigée en «spot» de légende du freeride. Elisabeth Gerritzen a grandi dans ce lieu emblématique jusqu'à devenir la reine incontestée du Freeride World Tour (FWT), cette compétition de ski hors-piste et acrobatique sur laquelle elle évolue depuis cinq ans. «Je pense que c'est un truc qui m'a beaucoup forgée, la compétition de l'extrême a pile mon âge, je l'ai vue chaque année. Ça a construit chez moi tout un imaginaire de ce que pouvait être le ski, quelque chose d'autre que les trucs plus institutionnels», raconte à l'AFP la jeune femme de 26 ans.

De passage par Paris pour présenter le dernier projet vidéo Faction auquel elle a pris part (le film «Roots» diffusé lors du festival We love pow pow), la Suissesse revient sur les incroyables premières années de sa jeune vie, mais aussi sur ses velléités de skieuse engagée. Elle s'est lancée dans un projet vidéo sur deux ans sur fond de message «politico-social».

«C'est sous-jacent»

«J'avais envie d'amener un regard relativement critique sur l'industrie, son côté hyper paternaliste. Maintenant ça va mieux, mais on est une femme et après une skieuse et c'est un truc qui m'a hyper pesée dans ma construction en tant qu'athlète, que j'ai beaucoup ressenti et que j'ai envie de me réappropier maintenant et de le déconstruire à l'écran. Ce qui m'intéresse, c'est de montrer à des jeunes filles qui débuteraient que vous pouvez construire votre propre image, votre propre carrière sans être toujours ramenée à votre genre», défend Gerritzen, qui veut s'entourer de femmes pour le tournage.

La championne a le soutien de ses partenaires, des marques de ski. Elle s'est engagée à ne pas se lancer dans quelque chose de «trop radical», mais veut détricoter le schéma avec lequel elle a dû composer. «C'est comme si parfois ça freinait un peu le progrès, toi-même tu te caches derrière ton genre et tu te dis: en fait moi je suis incapable de faire ça parce que je suis une femme, c'est pas forcément verbalisé ni par eux ni par moi mais c'est sous-jacent, et c'est le produit de la société patriarcale».

«Les hommes estimaient que c'était trop dangereux»

«Il faut être très fort pour ne pas rentrer dans cette logique hyper binaire: lui il a fait un 'backflip' là, moi je peux me contenter de faire autre chose, ce sera toujours bien parce que je suis une femme. Moi, je me suis beaucoup construite là-dedans et ça a pris du temps à capter mes propres biais et de m'en défaire», développe la sportive, éduquée dans un terreau familial fertile avec une mère qui «a toujours beaucoup plus travaillé que mon père».

Elisabeth Gerritzen veut aider les jeunes générations comme elle a pu être inspirée par son aînée de dix ans, Anne-Flore Marxer, qui militait d'abord pour avoir le droit de participer aux compétitions de snowboard. «Quand j'ai commencé, les femmes, on n'avait pas le droit de participer aux compétitions de slopestyle sous prétexte que les hommes qui organisaient ces compétitions-là estimaient que c'était trop dangereux. C'était le début de mon militantisme pour les femmes au sein de mon sport», avait confié lors d'un entretien à l'AFP Anne-Flore Marxer, sacrée championne du monde en 2011 sur le FWT.

Elisabeth Gerritzen, double tenante du titre, se bat aujourd'hui pour que les femmes dans le ski n'aient plus à prouver leur légitimité.

(L'essentiel/AFP)