Jeux paralympiques

11 septembre 2016 11:04; Act: 11.09.2016 11:05 Print

Un photographe aveugle fan de sport à Rio

À l'égal d'un reporter professionnel, Joao Maia prend sur le vif de superbes photos des athlètes présents au Jeux Paralympiques de Rio de Janeiro. Sauf que lui est aveugle.

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«Je n'ai pas besoin de voir pour prendre des photos, j'ai les yeux du coeur», assure ce Brésilien. À le voir à l'oeuvre au Stade Olympique de Rio, on pourrait se demander s'il est vraiment aveugle, ou si effectivement l'essentiel est invisible pour les yeux, comme l'écrivait Saint-Exupery dans le Petit Prince.

Ce vendredi, il suit à travers son objectif le saut en longueur qui offrira à la Française Marie-Amélie Le Fur la médaille d'or et le record du monde. L'arc décrit dans les airs par l'athlète, l'expression de son visage au moment où elle retombe, les grains de sable giclant sous l'impact: les images sont saisissantes.

«La photographie, c'est la sensibilité»

Joao Maia a 41 ans et vit aujourd'hui d'une pension d'invalidité. Il était postier à Sao Paulo quand il a contracté, à 28 ans, une inflammation de l'uvée. En un an la lumière s'est éteinte. Même si, de très près, il perçoit encore certaines formes et couleurs.

Il a alors appris à se déplacer avec une canne, a suivi quelques cours de braille. Mais surtout, il s'est mis à rêver de photographie. «La photographie, c'est la sensibilité. Je trouve ça merveilleux de pouvoir montrer le monde comme je le «vois», comme je le sens».

Son ennemi: le bruit

L'appareil dans une main, la canne dans l'autre, il gravit les escaliers de la tribune des photographes et prend position. C'est le premier événement sportif de cette envergure qu'il couvre. Auparavant, il n'avait suivi que des épreuves-test en vue des JO, des compétitions locales, avec un public très réduit. Ce qui est parfait pour lui qui travaille surtout à l'oreille.

Aujourd'hui, aux Paralympiques, c'est bien différent. Il tente d'abord de photographier les courses de sprint. Mais la ligne de départ est très loin. «Quand je suis près, je perçois jusqu'aux battements de coeur des athlètes, leurs pas, les gestes des mains... et je suis prêt à déclencher», explique-t-il. Mais là, «entre le bruit du public et la distance, ce n'est pas facile».

Suivi sur Instagram

Joao Maia a débuté avec un appareil automatique traditionnel. Aujourd'hui, il utilise un téléphone cellulaire de dernière génération, qui l'avertit quand la lumière est bonne et que la photo est nette. Il est accompagné par Ricardo Rojas et Leonardo Eroico, deux animateurs du projet «Superaçao-2016 (Dépassement-2016), auquel participe un autre photographe handicapé, en fauteuil roulant.

Ricardo Rojas est le fondateur de Mobgrafia, un mouvement culturel consacré à l'art visuel avec smartphone. Sans ces deux accompagnateurs, «je ne pourrais rien faire», explique Joao, dont le compte Instagram (@joaomaiafotografo) est suivi par 1 800 personnes. «Ils m'aident pour l'édition des photos que je ne peux pas faire, ils postent les images sur les réseaux sociaux. Ils sont mes yeux.»

(L'essentiel/AFP)