Football en France

25 octobre 2021 12:41; Act: 25.10.2021 13:02 Print

La reconnaissance faciale bientôt dans les stades?

La reconnaissance faciale a déjà fait une timide et clandestine incursion en L1, et si les supporters s'y opposent fermement, certains clubs s'y intéressent de plus en plus.

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Il y a plus d'un an et demi, le FC Metz avait été pris dans un tourbillon après avoir testé un tel dispositif lors d'une rencontre de L1 face à Strasbourg. (photo: AFP)

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Le sujet ne délient pas vraiment les langues. «C'est clairement un sujet tabou, mais je peux vous assurer que ça intéresse les clubs», confie à l'AFP sous couvert d'anonymat le patron d'une société privée de sécurité, qui a notamment travaillé avec l'Olympique de Marseille. Avec un début de saison mouvementé en L1, émaillé par de nombreux incidents (jets de projectiles, envahissements de terrain, échauffourées entre supporters...), la question de la sécurité est devenue plus prégnante.

Le gouvernement, à travers un courrier de Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu adressé vendredi à la Ligue de football professionnel (LFP), a promis «une réponse forte», évoquant notamment une réflexion sur la formation des stadiers, mais sans prendre concrètement de nouvelles mesures. La reconnaissance faciale par vidéo en temps réel n'est pas autorisée dans l'espace public en France. Et si un récent rapport parlementaire remis début septembre au Premier ministre Jean Castex plaide pour plus d'expérimentations notamment en vue de la Coupe du monde de rugby en 2023 et des JO-2024 de Paris, le sujet reste éminemment sensible.

«L'épisode de Metz a clairement refroidi pas mal de clubs»

«L'outil est séduisant pour les clubs de football, ça remplace le profilage humain qui peut être défaillant», assure ce patron. Des logiciels de reconnaissance faciale pourraient par exemple être utiles pour filtrer à l'entrée des stades, et éviter ainsi que des interdits de stade pénètrent dans l'enceinte, «c'est un peu plus compliqué de l'utiliser dans une foule, où les gens se masquent», explique-t-il.

Il y a plus d'un an et demi, le FC Metz avait été pris dans un tourbillon après avoir testé un tel dispositif lors d'une rencontre de L1 face à Strasbourg. La Commission nationale informatique et libertés (Cnil) avait tapé du poing sur la table en adressant un avertissement au club, qui n'a depuis plus retenté le coup.

«L'épisode de Metz a clairement refroidi pas mal de clubs. Mais on sait que des sociétés privés ont contacté beaucoup de clubs depuis. Maintenant, on ne sait pas où cela en est», assure Kilian Valentin, l'un des porte-paroles de l'association nationale des supporteurs (ANS).

«Dispositif liberticide»

Pour pouvoir tester la reconnaissance faciale, il faut en effet notamment prévenir la population filtrée, ce qui implique aussi de posséder un fichier avec leurs coordonnées et les photos des personnes. C'est le cas avec les interdictions commerciales de stade (ICS) prononcées par les clubs. «Mais bon, nous sommes résolument contre ce genre de dispositif liberticide. Les clubs n'en ont pas besoin», estime Kilian Valentin. «Pour les IDS (interdictions administratives et/ou prononcées par la justice) dans une très grande majorité des cas, il y a une obligation de pointage hors des stades. Les ICS, les clubs sont censés les connaître», ajoute-t-il.

Se pose également la question de la fiabilité de certains logiciels de reconnaissance faciale. «Il y a un taux d'erreur qui varie entre 80 et 90% dans les pays où cela a été testé. Il y a aussi des biais raciaux», assure l'avocat Pierre Barthélémy, pour qui il serait «inacceptable» d’utiliser un tel outil en l'état. «Il y a des logiciels qui fonctionnent très bien, avec une marge d'erreurs de moins de 0,5%. Ça dépend du prix qu'on met», nuance l'entrepreneur dans le domaine de la sécurité.

Malgré les réserves, malgré l'absence de loi, la LFP a toutefois reconnu très diplomatiquement effectuer «une veille technologique et juridique sur le sujet». Une veille qui risque de prendre de plus en plus de place.

(L'essentiel/AFP)