«Football Leaks»

08 novembre 2018 15:19; Act: 08.11.2018 16:27 Print

Le PSG fichait ses joueurs selon leurs origines

«Maghrébin», «Antillais», «Africain»: des recruteurs du PSG ont fiché ethniquement des jeunes joueurs scrutés par le club, selon un nouveau dossier des «Football Leaks».

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Le PSG a ouvert «une enquête interne». (photo: AFP/Philippe Lopez)

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«On a commencé une enquête interne», a affirmé jeudi une source proche du club, qui reconnaît l'existence de ces formulaires. La «polémique éclate en interne en mars 2014», expose le collectif européen de médias à l'origine de plusieurs enquêtes sur les dessous du foot-business, dont Mediapart et «Envoyé Spécial» sur France 2. À l'origine, un footballeur en herbe, Yann Gboho (international français chez les jeunes, né en Côte d'Ivoire), 13 ans, qui joue au FC Rouen et tape «dans l’œil» d'un «recruteur du PSG pour la région Normandie, Serge Fournier», peut-on lire dans la livraison de «Football Leaks». Une «fiche remplie le 2 novembre 2013 lors du match US Sapins-FC Rouen» mentionne ainsi l'origine («antillais»).

Quand un recruteur «passe sa souris sur la case, un menu déroulant apparaît qui permet de cocher un des quatre choix: "Français", "Maghrébin", "Antillais", "Africain"», écrit Mediapart. Pour l'appellation «Français», «il aurait fallu écrire Blanc. D'autant que tous les joueurs qu'on recommandait étaient Français. Le PSG ne voulait pas qu'on recrute des joueurs nés en Afrique, car on n'est jamais sûr de leur date de naissance», lâche M. Fournier, interrogé par Mediapart.

Fichage ethnique interdit en France

«Deux ans plus tard, dans la case origine, il écrit: "Afrique noire"», selon Mediapart. Le joueur signe finalement à Rennes. Le nom de Yann Gboho a donc ensuite «suscité bien des remous au PSG, comme le montre le compte rendu interne d'une réunion formation qui s'est tenue le 14 mars 2014», peut-on lire dans les «Football Leaks». Au cours de cette réunion, Marc Westerloppe, qui dirige à l'époque «la cellule recrutement du club dans tout le pays sauf en Île-de-France» (et qui a quitté le PSG pour Rennes en janvier 2018) déclare, selon ce document: «On ne va pas revenir sur ce sujet. Il y a un problème sur l'orientation du club, il faut un équilibre sur la mixité, trop d'Antillais et d'Africains sur Paris».

Ce qui provoque l'indignation d'autres participants, comme Pierre Reynaud, responsable du recrutement des jeunes en Île-de-France: «Sauf que ce ne doit pas être une question ethnique mais de talent». Tout fichage lié aux origines ethniques est interdit en France, où le sujet est plus sensible que dans d'autres pays.

«Quotas»

Pour répondre aux questions des «Football Leaks» le PSG «a missionné» Malek Boutih, ancien député PS (2012-2017), ancien président de SOS Racisme (1999-2003), qui «travaille depuis une quinzaine d'années sur les questions de racisme au sein de la fondation PSG». «Au nom du club, il confirme que ce fichage a été mis en place, mais (...) les choses ont, selon lui, été faites en secret» et que «la direction n'était pas au courant», relate Mediapart. Ces «mêmes fiches d'observation avec mention des origines ont été scrupuleusement remplies jusqu'au printemps 2018», accuse encore Mediapart.

Pour le foot français, cette affaire réveille «l'affaire des quotas», quand avait émergé l'idée d'imposer des quotas de binationaux chez les jeunes, lors d'une réunion de la Direction technique nationale (DTN) fin 2010. Laurent Blanc, le sélectionneur de l'époque, s'était dit alors tout à fait «favorable» à cette idée en arguant: «Qu'est-ce qu'il y a actuellement comme grands, costauds, puissants? Les Blacks (...) Je crois qu'il faut recentrer, surtout pour des garçons de 13-14 ans, 12-13 ans, avoir d'autres critères, modifiés avec notre propre culture (...) Les Espagnols, ils m'ont dit: "Nous, on n'a pas de problème. Nous, des Blacks, on n'en n'a pas"».

(L'essentiel/afp)