01 avril 2008 19:50; Act: 01.04.2008 22:01 Print
«Pour Gandrange, il faut une réponse européenne»
Fille de mineur communiste, Aurélie Filippetti (34 ans) est députée socialiste de la 8e circonscription de Moselle depuis juin 2007.
Aurélie Filippetti souhaite interpeller Jean-Claude Juncker sur le cas de l'usine de Gandrange. (afp)
L'essentiel: Pourquoi voulez-vous interpeller Jean-Claude Juncker pour ArcelorMittal Gandrange?
Qui est Aurélie Filippetti ?Née le 17 juin 1973 à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), elle est une petite-fille d'immigrés italiens venus travailler dans les mines de fer de Lorraine. Son père Angelo Filippetti (1938-1992) a été mineur de fond. Communiste, il a été maire d’Audun-le-Tiche (Moselle) de 1983 à 1992 et conseiller général de la Moselle de 1979 à 1983. Aurélie Filippetti a raconté dans son premier roman paru en 2003, Les Derniers Jours de la classe ouvrière, comment son grand-père, résistant, fut arrêté par la Gestapo au fond de la mine où il travaillait, puis déporté en camp de concentration avec ses deux frères. Dans ce roman, elle explorait aussi le thème de la mémoire ouvrière et du sentiment de déclassement du monde ouvrier après la fermeture des mines et des usines sidérurgiques en Lorraine.
Adhérente des Verts, Aurélie Filippetti est élue en mars 2001 conseillère du Ve arrondissement de Paris, sur la liste des Verts. Sa candidature recueillera 6,6 % des voix dans la IIe circonscription de Paris lors des élections législatives de 2002. Parce que son investiture dans la circonscription de Longwy lui était refusée, Aurélie Filippetti quittait les Verts fin octobre 2006. En novembre 2006, elle rejoint le Parti socialiste et l'équipe de campagne rapprochée de Ségolène Royal, candidate à l’élection présidentielle de 2007, comme conseillère spéciale (environnement, culture, éducation, sujets de société).
En mai 2007, Aurélie Filippetti, un temps pressentie pour la 7e circonscription de Meurthe et Moselle (Longwy), est finalement appelée par les militants socialistes de la 8e circonscription de Moselle (Rombas-Bouzonville), face à l'UMP Alain Missoffe, alors que le PS sortant Jean-Marie Aubron ne se représente pas. Elle est élue le 17 juin 2007 avec 50,96 % des voix.
Aurélie Filippetti est membre fondatrice de la Convention pour la VIe République aux cotés d'Arnaud Montebourg. Elle est porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Elle a déjà publié deux romans : Les Derniers Jours de la Classe ouvrière (Stock 2003) et Un homme dans la poche (Stock 2006).
Aurélie Filippetti: Parce que Jean-Claude Juncker, fils de sidérurgiste, peut être un atout de poids et parce qu'il faut un regard transfrontalier sur la sidérurgie. Face à certains comportements de grandes multinationales, il faut une réponse collective, une réponse européenne. Nous ne devons pas accepter la mise en concurrence de sites, de régions et de pays. Sinon, nous nous condamnons à aller d'une délocalisation à une autre. Je suis une Européenne convaincue comme Jean-Claude Juncker dont la voix porte en Europe. Tous ensemble, nous pouvons avoir plus de poids devant les multinationales.
Est-ce que ce n'est pas un combat perdu d'avance?
Certainement pas car l'Union européenne dispose de moyens de pression, ne serait-ce qu'avec les quotas de CO2. ArcelorMittal en a besoin pour rouvrir le haut-fourneau n°6 à Liège après avoir fait une sorte de chantage au CO2 en Lorraine il y a quelques temps. Nous pouvons aussi exiger le remboursement des nombreuses subventions touchées étatiques pendant des années. Nous avons le droit de demander des comptes de ce qu'ils font d'un héritage industriel auxquels les efforts des ouvriers et de leurs familles ont très largement contribué. On ne peut pas prendre des décisions aussi brutales sans aucune concertation avec les autorités politiques.
En quoi la décision d'ArcelorMittal de supprimer 595 emplois à Gandrange vous scandalise-t-elle?
Parce que la direction n'a même pas étudié le contre-rapport élaboré par un cabinet indépendant à la demande des syndicats et de la présidence de la république. Nicolas Sarkozy avait beaucoup promis le 4 février, il n'a pas beaucoup agi! Les experts du cabinet Syndex, ont rendu un rapport remarquable et édifiant qui montre les erreurs de Mittal dans la gestion erratique des ressources humaines dans l'entreprise, l'absence de gestion prévisionnelle des nombreux départs en retraite, l'absence de formation des salariés, la perte de savoir-faire consécutive aux départs liés au dispositif de la loi Fillon 2003. Aucun processus de transmission de savoir-faire entre ceux qui partent et les nouveaux arrivants n'était prévu en interne. Le rapport pointe aussi l'absence cruelle d'investissements dans l'outil de production, qui a été tout juste entretenu pendant des années et qui nécessite maintenant une quarantaine de millions d'euros d'investissements. Ce chiffre est à mettre en regard des 55 millions que coûtera à Mittal la fermeture du site, et surtout des 7,5 milliards de bénéfices réalisés par la multinationale en 2007.
Vous en avez gros sur le cœur?
Oui. Alors que l’acier est aujourd’hui l’industrie au monde la plus rentable, il ne peut y avoir aucun justificatif économique à la fermeture de Gandrange. Alors que l'acier est l'industrie la plus rentable au monde aujourd'hui, que jamais ses prix et la demande n'ont été aussi élevés, ArcelorMittal reproduit les comportements les plus aberrants et les plus ignominieux des anciens maîtres des forges des années 70, lorsque la sidérurgie était en crise.
Que voudriez-vous dire à Lakshmi Mittal si vous l’aviez en face de vous?
Quand une entreprise commet des erreurs, elle doit les corriger et non les faire payer à ses salariés et à toute une région. On n’a pas non plus pas le droit de mépriser des salariés, des populations et des élus.
L’avenir industriel de la Lorraine vous inquiète-t-il?
Oui, car si ArcelorMittal ferme l'aciérie électrique et le train à billettes de Gandrange, le laminoir suivra. Et ce sera le tour du centre de recherches mondial à Maizières-les-Metz, puis du site de Florange. Si on vidait la Moselle de sa sidérurgie, non seulement on la paupériserait, mais surtout on lui ferait perdre son histoire et un savoir-faire humain acquis au fil des décennies.
Denis Berche
Pour sauver l’aciérie ArcelorMittal à Gandrange, une manifestation est prévue le jeudi 3 avril, à 15h, devant la Préfecture de Metz.












