Violences conjugales au Luxembourg

02 septembre 2010 17:13; Act: 02.09.2010 18:10 Print

Les femmes battues mieux protégées qu'ailleursLes femmes battues mieux protégées qu'ailleurs

LUXEMBOURG - Alors que certains députés européens estiment que la situation est catastrophique en Europe, l'association «Femmes en détresse» assure que l'arsenal juridique luxembourgeois est plutôt bien fourni.

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Le Luxembourg compte neuf refuges pour femmes victimes de violence. (DR)

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«Une femme sur quatre est victime de violence physique au moins une fois dans sa vie, soit 62 millions de victimes de par l'Europe» dénonce l'eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella, qui a lancé jeudi, avec d’autres députés européens, de toutes tendances politiques, une campagne de lutte contre la violence envers les femmes. Selon eux, l'Europe sous-estime le problème alors que les derniers chiffres sont alarmants, ont dénoncé ces députés au cours d'une conférence de presse au Parlement européen.

Côté luxembourgeois, on salue la loi de 2003 contre la violence domestique qui protège davantage les femmes. Le Grand-Duché est un des premiers pays, avec l’Autriche, à avoir voté une vraie loi de protection qui met en place l’éloignement du conjoint dangereux. «Avant, c’était à la femme de partir», explique Joëlle Schranck, directrice de «Femmes en détresse». Si le Luxembourg est le pays européen qui détient le plus de places dans les refuges pour femmes battues par habitant, le fait que la victime ne soit plus obligée de fuir, enfants sous le bras, «est une réelle avancée».

La loi prévoit un éloignement de 10 jours, décidé par le Procureur et appliqué par la police, «même contre l’avis de la victime, ce qui lui permet de ne pas devenir la source des problèmes de son agresseur ; celui-ci ne peut pas reprocher et faire payer son éloignement à sa femme».

«L’agresseur doit aussi effectuer un travail sur lui-même»

Pour autant, «il faut aller plus loin», selon Joëlle Schranck qui pointe du doigt par exemple la façon dont les médias traitent la violence faite aux femmes. Et elle prend l’exemple de la femme poignardée à Esch mercredi: «j’ai ouvert un journal ce matin et j’ai vu qu’il avait titré ‘dispute familiale’, mais c’est un meurtre et il faut le nommer comme tel».

Sur le terrain, la directrice de l’association voudrait que les choses bougent. «Il faudrait que la période d’éloignement soit rallongée de 10 à 14 jours pour permettre à la victime de faire l’ensemble des démarches et il faudrait aussi mettre l’agresseur face à ses responsabilités, cette période d’éloignement n’est pas une période vacances, il doit aussi effectuer un travail sur lui-même», explique-t-elle. Le nombre de procédures d’éloignement est en constante augmentation depuis sa mise en place en 2003: de 154 en 2004, elle est passée à 302 en 2009. Au 30 août 2010, 169 décisions avaient déjà été prises. Et de proposer que les consultations au Riicht Eraus, centre de consultation et d'aide pour auteurs de violence, soient désormais obligatoires.

Le cas de la violence des frères sur leurs sœurs

Le cas des enfants préoccupe également l’association. «Les enfants devraient aussi être considérés comme des victimes parce que même s’ils ne sont pas violentés eux-mêmes, ils souffrent de la situation». De plus, la mesure d’éloignement ne les concerne pas, «ainsi leur père peut aller les chercher à l’école ou même disparaitre avec eux».

Enfin, «Femmes en détresse» voudrait que le terme «violence domestique» ne concerne pas que les conjoints: les violences faites aux femmes concernent aussi les frères et sœurs ou encore les colocataires : «il faut agrandir le cercle des personnes à protéger».

Marion Chevrier/lessentiel.lu

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