27 mars 2008 17:59; Act: 27.03.2008 18:12 Print
«SOS mon fils est nazi»
En Allemagne, une association a lancé un programme. Objectif: ramener à la raison les jeunes tentés par le néonazisme comme c’est le plus en plus le cas en ex-RDA.
Un jour, le fils de 16 ans se rase le crâne. Des affiches du parti néo-nazi NPD fleurissent sur les murs de sa chambre. Et peu à peu, le dialogue familial s'envenime ou s'éteint. Terrifiés, les parents se demandent alors où ils ont failli et comment faire pour ramener leur enfant à la raison.
Le phénomène néo-nazi se diffuse notamment à l'est de l'Allemagne. (AFP)
Pour leur répondre, l'association Exit, qui aide depuis 2000 les néo-nazis à s'en sortir, a initié un nouveau programme, «Exit-Aide aux familles». Il s'adresse aux pères, mères, frères et sœurs, grands-parents des crânes rasés, mais aussi à leurs voisins, professeurs, bref à toute personne désireuse de «faire quelque chose» pour empêcher la dérive ou l'enracinement d'un proche dans la mouvance néo-nazie, particulièrement active dans l'ex-RDA sinistrée, où elle cible la jeunesse désœuvrée.
Ce programme fait appel à d'anciens néo-nazis ayant viré leur cuti. Comme les travailleurs sociaux, ils prodiguent des conseils par téléphone ou face à face, avec l'avantage d'une crédibilité supplémentaire liée à leur propre parcours.
«J'ai quitté la scène néo-nazie en janvier 2000», raconte Matthias Adrian, 32 ans. «J'étais membre de la direction des JN (l'organisation de jeunesse du NPD) en Hesse», dans le centre-ouest de l'Allemagne. «J'avais alors 24 ans et ça a été très dur. Mes anciens amis m'ont pourchassé. J'avais peur. Si j'avais eu une structure comme Exit, ça se serait mieux passé. Et si on avait conseillé mes proches, je m'en serais sûrement sorti plus tôt», juge-t-il.
«C’est l’enfer»
Tanja Privenau, 36 ans, est une ancienne haute responsable du NPD et de diverses «Camaraderies», des groupuscules de la galaxie néo-nazie. Tanja a rompu il y a presque trois ans avec le milieu d'extrême droite dans lequel évolue sa famille: son ex-mari, son beau-père, condamné pour négationnisme, et sa mère. Elle a emmené avec elle ses cinq enfants, endoctrinés depuis le berceau, une rupture brutale après «plus de vingt ans d'activités néo-nazies». «Car j'étais une convaincue: je dirigeais, je recrutais», souligne-t-elle. «On faisait les cons, on vandalisait, on achetait même des armes». «Et mes enfants menaient deux vies parallèles: la vie normale, avec l'école, et une vie secrète, faite de rassemblements clandestins les week-ends, avec des familles comme la nôtre», raconte-t-elle derrière ses lunettes noires, les cheveux cachés sous un bonnet de laine. Tanja a déménagé six fois en trois ans à travers tout le pays pour échapper à la hargne de ses anciens camarades. Elle a dû changer d'identité. «C'est l'enfer», dit-elle. Mais elle assure tenir bon et assume d'être «une traître». «Je l'ai fait pour mes enfants», souligne-t-elle.
MC avec AFP












