Daniel Kaluuya

03 juin 2020 10:16; Act: 03.06.2020 10:25 Print

«Je n'ai pas le droit d’être médiocre»

À cause de sa couleur de peau, l’acteur anglais Daniel Kaluuya constate qu’il doit se surpasser pour réussir dans son métier.

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Le comédien Daniel Kaluuya a été révélé au grand public dans le film d’horreur américain «Get Out», sorti en 2017. (photo: AFP)

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Daniel Kaluuya est à l’affiche de «Queen & Slim», disponible en VOD. Le film raconte l’histoire d’un couple noir en cavale suite au meurtre involontaire d’un policier. Le Britannique de 31 ans estime que les acteurs noirs doivent en faire plus que les Blancs pour décrocher des rôles.

Queen & Slim sont-ils les nouveaux Bonnie & Clyde?
Non, parce que Bonnie & Clyde étaient des gangsters. Dans notre histoire, nous sommes traités comme des criminels à cause de la couleur de notre peau. Mais je peux comprendre la comparaison parce que tout le monde connaît ce couple de fugitifs mythique. Même Beyoncé et Jay-Z en ont fait une chanson.

Les violences policières envers les Noirs sont courantes aux États-Unis, mais pas au Royaume-Uni.
Pouvez-vous vous identifier à un Afro-Américain?

Oui, tu peux te mettre à sa place si tu as de l’empathie et si tu écoutes ce qui se passe autour de toi. J’ai été exposé toute ma vie à la culture afro-américaine qui est la culture black de langue anglaise prédominante dans le monde.

Pensez-vous, comme votre personnage, que les Noirs doivent en faire plus que les Blancs pour réussir?
Oui, je n’ai pas le droit d’être médiocre. Quand je me repose après avoir bossé à fond, je suis pris d’anxiété. J’ai l’impression que je dois continuer à bûcher comme un malade. C’est comme si on devait nager à contre-courant pour atteindre la rive. On ne peut pas s’offrir le luxe de souffler un peu parce qu’on part désavantagés dans la course.

Parce que vous n’avez pas accès aux mêmes opportunités que les acteurs blancs?
Oui, et puis je sens la pression pour un film comme celui-ci où les acteurs et la réalisatrice sont Noirs. S’il n’a pas de succès, est-ce que cela veut dire qu’on fera moins appel à d’autres cinéastes noirs ? Les metteurs en scène Blancs n’ont pas cette pression. Donc tu dois réussir pour que ta communauté te soutienne.

Et quand l’accueil est positif, êtes-vous comblé?
L’important est que les gens ressentent quelque chose, même si c’est de la haine. Il n’y a rien de pire que l’indifférence parce que tourner est difficile. Je me souviens quand je bossais sur une série à 19 ans. J’étais malade comme un chien et je courais aux toilettes entre deux scènes pour vomir. En fin de compte, personne n’a regardé la série. C’était nul de se donner autant pour rien.

(L'essentiel)