Bollywood

01 décembre 2019 14:22; Act: 02.12.2019 15:16 Print

Les prédateurs sexuels continuent de briller

Dans le monde bollywoodien, en Inde, les accusés de #MeToo font carrière. À contrario, les victimes paient cher leurs dénonciations.

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L'actrice Tanushree Dutta veut se battre jusqu'au bout. (photo: Sujit Jaiswal)

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«Ma carrière est finie». Un an après l'irruption du scandale #MeToo à Bollywood, beaucoup d'actrices et de chanteuses indiennes, victimes présumées, affirment avoir pâti de leurs révélations, tandis que les hommes qu'elles accusent sont de retour sous les projecteurs. À l'inverse d'Hollywood, où le mouvement, très populaire, a provoqué la chute de l'omnipotent producteur Harvey Weinstein, le statu quo semble tristement prévaloir en Inde.

La chanteuse Sona Mohapatra s'est ainsi vue intimée de quitter une émission télévisée à laquelle elle participait, après avoir accusé un compositeur, Anu Malik, de harcèlement sexuel. «J'ai été désignée comme une agitatrice et on m'a demandé de partir. Du jour au lendemain», a-t-elle raconté le mois dernier. Interrogée par l'AFP, Zee TV, la société produisant le programme de téléréalité auquel elle participait, a toutefois rejeté ses accusations, ajoutant que son éviction n'avait «rien à voir» avec #MeToo.

Rare victoire

Anu Malik, déjà objet d'une plainte pour agression sexuelle dans les années 1990, a de son côté dû quitter un programme concurrent, «Indian Idol»... qui l'a réintégrée quelques mois plus tard. Mais après une riposte acerbe sur les réseaux sociaux, le compositeur, qui qualifie les accusations de «fausses et non vérifiées», s'est retiré une deuxième fois de l'émission.

Ce fut une rare victoire pour #MeToo à Bollywood, où nombre d'hommes accusés de harcèlement et même de viol ont relancé leur carrière, après à peine quelques mois d'inactivité.

Le cinéaste Subhash Kapoor, jugé pour des brutalités, a d'abord été écarté d'un film produit par Aamir Khan, l'un des acteurs les plus connus de Bollywood. Mais la star a ensuite fait machine arrière, au nom du «droit à travailler et à gagner sa vie» du réalisateur, affirmant que seul un tribunal pouvait établir sa culpabilité. Un processus qui peut prendre des années en Inde, au système judiciaire surchargé.

L'acteur Alok Nath, qui fait l'objet d'une plainte pour viol, a, lui, poursuivi son accusatrice en diffamation. Le film «Main Bhi» («Me Too» en hindi), dans lequel il joue le rôle... d'un juge chargé d'affaires de harcèlement sexuel, doit bientôt sortir.

Dénigrement de la victime

«J'imagine que le conseil que beaucoup d'hommes ont reçu, c'est: "Mets-toi au vert pendant un an et les gens oublieront"», estime Shweta Pandit, qui n'avait que 15 ans quand Anu Malik, de 25 ans son aîné, lui aurait demandé de l'embrasser en échange d'un travail.

Chanteuse de formation classique, Shweta Pandit a raconté à l'AFP que l'incident, survenu en 2001 mais dont elle n'avait jamais parlé jusqu'à l'avènement de #MeToo, l'avait fait «se renfermer» et vivre en recluse. «J'ai cessé de faire confiance aux gens», pleure-t-elle. «Chanter était la seule façon de m'exprimer».

Depuis lors, la chanteuse est victime d'une campagne de dénigrement en ligne. Certains décideurs masculins la perçoivent selon elle comme une menace potentielle et refusent de l'embaucher. «Beaucoup de gens bienveillants m'avaient mise en garde contre tout ce que je pouvais dire, mais je dois camper sur ma position», dit-elle.

«Protection des prédateurs»

«Le système de protection des prédateurs est très solide» à Bollywood, estime Anusha Khan, une consultante animant des ateliers contre le harcèlement sexuel dans l'industrie du spectacle indienne, interrogée par l'AFP.

L'affaire qui a lancé #MeToo en Inde, vieille de 11 ans, incarne ces désillusions. En 2008, l'actrice Tanushree Dutta avait accusé la star bollywoodienne Nana Patekar de l'avoir touchée de manière inappropriée lors du tournage d'une chanson. Elle avait alors 24 ans et lui 57. Bien que deux personnes - un journaliste et un assistant réalisateur - aient corroboré publiquement les faits, la police avait refusé d'enregistrer sa plainte pour harcèlement.

L'an passé, Tanushree Dutta a réitéré ses allégations. Devant la fronde que l'affaire a générée, la police a enfin décidé d'accepter la plainte initiale. Mais elle a classé l'affaire en juin, invoquant des preuves insuffisantes. Des témoins ont été «intimidés», affirme cette ex-Miss Inde, estimant que l'enquête a été délibérément bâclée. M. Patekar, qui a toujours nié les allégations, n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Mais Tanushree Dutta, qui dit avoir «perdu des amis, du travail» et avoir connu «des phases de dépression» après l'incident, n'abandonne pas la partie et compte faire appel de cette décision. «Je n'ai jamais voulu être une révolutionnaire», souligne-t-elle. «Mais ils ont déjà détruit ma carrière, alors qu'est-ce que j'ai à perdre? Je ne reculerai pas».

(L'essentiel/ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • Dany Pedros le 01.12.2019 19:11 Report dénoncer ce commentaire

    Pas étonnant, l'Inde est souvent sous le feu des médias à cause des nombreux viols horrible qui s'y passent! Un pays dangereux pour les femmes!

  • Julie le 01.12.2019 19:39 Report dénoncer ce commentaire

    Dany a raison, il faut punir plus clairement féminicides partout dans le monde!

  • Business le 02.12.2019 08:22 Report dénoncer ce commentaire

    Si l'Inde n'est pas prête à défendre ses femmes alors elles peuvent se lancer dans une carrière à l'étranger. En Europe et aux USA il y a toujours de la place pour les personnes talentueuses et qui produisent plus de richesse que ce qu'elles coûtent à leur pays d'accueil ! Idem si des scientifique indiennes se sentent mal dans leur pays : venez en Europe, ce n'est pas parfait mais c'est "moins pire" qu'en Inde pour les droits des femmes !

Les derniers commentaires

  • Eli le 17.12.2019 08:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ces agresseurs devraient être punis!

  • Business le 02.12.2019 08:22 Report dénoncer ce commentaire

    Si l'Inde n'est pas prête à défendre ses femmes alors elles peuvent se lancer dans une carrière à l'étranger. En Europe et aux USA il y a toujours de la place pour les personnes talentueuses et qui produisent plus de richesse que ce qu'elles coûtent à leur pays d'accueil ! Idem si des scientifique indiennes se sentent mal dans leur pays : venez en Europe, ce n'est pas parfait mais c'est "moins pire" qu'en Inde pour les droits des femmes !

  • développement malsain le 02.12.2019 08:19 Report dénoncer ce commentaire

    Avec metoo, je garde aussi toute distance à nos membres féminins dans notre société. Pas de réunion en tête à tête, porte du bureau ouverte en cas de discussion avec un membre féminin et au mieux seulement en compagnie d'une 3ième personne. Ça n'a rien d'un complexe de persécution mais j'ai trop travaillé pour tout perdre seulement suite à l'humeur d'une de ces dames.

  • développement malsain le 02.12.2019 08:13 Report dénoncer ce commentaire

    Par contre personne ne pourra accepter qu'une simple accusation sur metoo pourra déjà ruiner toute la vie d'une personne et ceci juste sur base d'une parole, sans preuve sans rien et même sans possibilité de pouvoir se défendre. Seulement le chemin juridique devrait être la voie acceptable avec aussi la possibilité de se défendre au moins.

  • Julie le 01.12.2019 19:39 Report dénoncer ce commentaire

    Dany a raison, il faut punir plus clairement féminicides partout dans le monde!

    • Egalité le 02.12.2019 09:10 Report dénoncer ce commentaire

      Un meutre est un meutre, masculin ou féminin il doit être puni avec la même sévérité. Par contre je ne vois pas le rapport avec l'article ci-dessus.