Sortie musicale

27 octobre 2019 15:41; Act: 28.10.2019 12:51 Print

Kanye West, de l'addiction au sexe à Jésus Christ

La dernier album de Kanye West «Jesus Is King», paru vendredi, est l'œuvre de rédemption d'un artiste torturé par ses démons.

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1. La messe est dite

Cette-fois Kanye n'a pas fait faux bon à ses disciples. Sur le chemin de la sagesse sur le projet avorté «Yandhi», puis pasteur incandescent avec ses désormais célèbres «Sunday Services», le génial rappeur a finalement dévoilé «Jesus Is King» après plusieurs reports et un dernier contre-temps vendredi, le jour de la sortie.

Alléluia, l'œuvre est finalement tombée en fin d'après-midi. Le point de départ de longs débats, interrogations, prises de positions. Quel prophète fait l'unanimité? Kanye n'échappe pas à la règle et sa dernière production se dessine déjà comme l'un des projets les plus controversé de l'année.

2. Le sexe comme addiction

En filigrane, une question taraude les fans et amateurs de musique du monde entier. «Jesus Is King» est-il un nouveau chef d'œuvre ou un symbole de déliquescence? Chacun ira de son point de vue, mais son nouveau-né s'inscrit incontestablement dans le parcours d'un artiste profondément torturé par ses addictions.

Parmi elles, la dépendance au porno... «Mon père a eu un Playboy oublié à l’âge de cinq ans et cela a affecté presque tous les choix que j’ai faits pour le reste de ma vie», expliquait-il avant la sortie de l'album. À la lumière de cette confession, ce nouveau projet sonne comme un acte rédempteur... ou de simples incantations.

3. Le pasteur «Malice» de retour

Le parti pris est évident. Récemment, l'artiste indiquait qu'il ne «fera plus de musique profane». Lors de la conception de «Jesus Is King», Kanye West a demandé à tous les participants non-mariés de se priver de sexe. Le choix des invités est à ce propos tout aussi révélateur. Prévue à l'origine, Nicki Minaj a finalement passé son tour «pour des divergences artistiques».

Le titre «New Body» devait devenir un morceau de gospel, d'après la rappeuse. Pusha T a lui joué le jeu en sortant de la retraite son frère No Malice pour une reformation des Clipse. Les fans de hip-hop s'en souviennent, la deuxième moitié du groupe avait décidé d'arrêter le rap il y a une dizaine d'années... pour devenir pasteur.

4. L'ésotérisme d'une «rockstar»

Cette religiosité accrue (mais, pas nouvelle, «Jesus Walks» est sortie en 2003) ne serait donc pas le dernier délire d'un génie mégalo qui s'est auto-baptisé «Louis Vuitton Don» puis «Yeezus» au cours de sa carrière. D'aucuns y verront une conversion loufoque de «rockstar». Mais une autre lecture permet de déceler le «post-capitalisme» d'un artiste (trop) comblé sur tous les plans.

Des hits en pagaille, un statut d'icône, la femme de ses rêves, ses sneakers vendues dans le monde entier... Kanye en veut plus, et se tourne vers Dieu comme un millionnaire en quête d'ésotérisme. «Je préfère acheter des terres que des vestes Gucci. Regardez, j'ai ce pauvre hoodie bon marché alors que je suis milliardaire!», glissait-il à Jimmy Kimmel, quelques heures avant la sortie de l'album...

5. De la cause noire à Donald Trump

Une transformation très américaine finalement, du «Dieu dollar» à «Dieu tout court». Reste que cette évolution se heurte à de sacrées contradictions. En 2005, Kanye tombait sur Georges Bush après l'ouragan Katrina et s'improvisait défenseur de la cause noire. Près de 15 ans après, il se déclare soutien de Donald Trump et porte une casquette «MAGA». Pourquoi un si grand écart? Croit-il véritablement qu'il faut en finir avec le 13e amendement de la Constitution américaine qui abolit l'esclavage?

Lui même le réaffirme dans le morceau «On God» produit par Pi'erre Bourne. Sauf qu'une autre lecture laisse penser que cette prise de position est en réalité une attaque directe contre le système d'incarcération de masse, vu par Kanye et de nombreux rappeurs comme une autre manière d'asservir les Afro-Américains. Non, «Jesus Is King» n'est pas du rap chrétien au sens propre, mais les tâtonnements d'un artiste majeur de ces vingt dernières années en pleine quête de salut.

(Thomas Holzer/L'essentiel)