Woodkid

19 octobre 2020 18:54; Act: 20.10.2020 14:21 Print

«Les machines font partie de mon ADN»

Woodkid est enfin de retour avec l’album «S16», publié vendredi 16 octobre 2020, sept ans après le carton planétaire de «The Golden Age». Interview.

storybild

Le chanteur de 37 ans est aussi un vidéaste reconnu à l’international. (photo: Universal)

Sur ce sujet
Une faute?

Les fans l’attendaient depuis belle lurette. Et le Lyonnais Yoann Lemoine, alias Woodkid, ne déçoit pas avec le grandiose «S16». Un disque ambitieux et mélancolique traversé de sons industriels, d’arrangements orchestraux et de chœurs d’enfants japonais. Et qui questionne le rapport de l’humain à la machine.

Votre nouvel album s’est fait désirer. Pourquoi?

J’avais besoin d’avoir des choses à dire. Le premier album était le fruit de beaucoup d’années d’expérience. Il n’était pas question de refaire la même chose, donc il a fallu que je me donne du temps. J’avais aussi besoin de me faire un peu oublier pour avoir l’impression de devoir reconquérir quelque chose. Et puis j’avais envie d’apprendre de nouvelles choses. Je suis passé par une phase où je collaborais avec d’autres.

On y découvre des sonorités industrielles et des images d’homme-machine. Après «The Golden Age», c’est l’ère du cyborg?

En tout cas, l’ère de la machine. La machine est vraiment en lien avec cet album à plein de niveaux: la machine humaine comme l’idée de la technologie. J’ai grandi avec les ordinateurs donc il est naturel pour moi d’être en fusion avec cet outil-là, mais j’en connais aussi les limites. C’est un outil qui m’attire comme il me rebute. L’album parle de cette ambiguïté-là.

Comment avez-vous travaillé la tonalité un peu plus électronique de l’album?

Beaucoup avec l’illusion. Je récolte une matière première qui est organique et que je vais sampler et retravailler de manière électronique. Je défie les gens de me dire quelles parties orchestrales sont réelles ou pas sur l’album. Il s’agit d’une thématique très contemporaine, l’idée de cette illusion-là, du digital et de l’organique, du vrai et du faux. Ça fait aussi écho à des choses intérieures très profondes pour moi qui sont l’idée d’authenticité, d’émotion.

C’est-à-dire?

Où est la place de l’émotion dans un monde où tu es relativement dématérialisé, fragmenté, isolé, digitalisé? Est-ce que l’émotion, c’est forcément l’idée rétrograde d’une ballade à la guitare? Ce questionnement sera toujours central dans mon travail parce que je suis né avec les machines, donc elles font partie de mon ADN. Je fais partie de cette génération humain-machine.

Que signifie le titre de l’album?

S, c’est le symbole du soufre dans le tableau périodique des éléments et 16 est son numéro atomique. J’ai tout de suite su qu’il y avait dans l’album l’idée de toxicité. Cela parlait de l’industrie d’aujourd’hui, du gigantesque, mais aussi de l’infiniment petit. Le soufre est un élément fascinant, essentiel à l’émergence de la vie et en même temps toxique. C’est aussi le symbole alchimique du diable. Cette ambiguïté m’intéressait beaucoup.

Avez-vous hésité à sortir le disque maintenant?

Non, pas une seconde. Déjà, j’aurais trouvé étrange de décaler la sortie de «Goliath» (NDLR: premier single publié en avril 2020), notamment parce que tout le monde est masqué dans le clip et j’aurais eu peur qu’on y voie quelque chose d’opportuniste par rapport au contexte. Et puis je suis extrêmement privilégié. Je peux me permettre de ne pas décaler mon album, même si je vais sûrement payer un certain prix. Pour moi, il est important de faire de la musique et de délivrer des choses aujourd’hui.

(L'essentiel/Miguel Cid, à Londres)