Agriculture

08 janvier 2020 10:46; Act: 08.01.2020 11:09 Print

Le cannabis, pain bénit d'un coin reculé du Sénégal

Les Karoninkas, perdus dans un coin reculé du Sénégal, vivent de la culture du cannabis, pourtant strictement interdite dans le pays, où elle est passible de dix ans de prison.

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Le cannabis finance les études des jeunes ou la recherche d'un travail en dehors de la région.

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La plupart des paysans sénégalais vivent de l'arachide ou des cultures maraîchères. Mais ici, à l'abri d'innombrables bras d'eau et d'une végétation dense, l'odeur âcre ne trompe pas: c'est bien le cannabis qui constitue la principale ressource. Les villages perdus de ce coin reculé du Sénégal à l'embouchure du fleuve Casamance sur l'Atlantique ne sont accessibles qu'en se faufilant en pirogue entre les Karones, un patchwork d'îles aux berges recouvertes de mangroves, où se nichent caïmans et oiseaux rares.

Sur l'une de ces îles, au bout d'une piste sablonneuse, les femmes du village de Kouba s'affairent au coin des maisons en terre. Aux yeux de tous, elles séparent les graines des tiges de chanvre et les font sécher sur les toits en tôle. Les Karoninkas vivent de cette culture pourtant strictement prohibée au Sénégal, où elle est passible de dix ans de prison. «Tous ces champs sont réservés au chanvre», dit sans détour Gaston Diaba, le maçon du village, en désignant une vaste zone avec des parcelles clôturées en bordure des habitations, à côté des rizières. «Si tu ne cultives pas (le chanvre), tu ne peux pas t'en sortir», soutient son jeune frère Philippe, de retour dans les rues ensablées de sa bourgade d'origine pour quelques jours de vacances. «Il n'y a pas de route pour partir vendre les légumes en ville, alors on ne les cultive que pour se nourrir», reprend-il.

Inquiétude des autorités

De toute manière, le kilo d'oignons se vend à peine 500 francs CFA (0,7 euro), contre 15 000 à 30 000 francs CFA (entre 23 et 45 euros) pour la plante psychotrope, dont les revenus ont inondé les îles à partir des années 1970. Son voisin Ousmane entrepose dans son garage plusieurs centaines de kilos d'herbe brunâtre, empaquetée dans des ballots. «Ça vaut des millions de francs», observe Philippe Diaba, mal à l'aise face à tant de marchandise. Le cannabis finance les études des jeunes ou la recherche d'un travail en dehors de la région. Lui dit se tenir à l'écart d'un commerce qui peut attirer «beaucoup d'ennuis».

Pour les cultivateurs, pas besoin de s'inquiéter de livraison. Les acheteurs viennent s'approvisionner en pirogues. La marchandise produite ici contribue à alimenter le marché sénégalais. La géographie singulière sinon marginale de la Casamance, pas étrangère au conflit mené à partir du début des années 1980 par les séparatistes contre le pouvoir central sénégalais, est propice au trafic. Il faut, pour s'y rendre à partir de Dakar, traverser ou contourner un autre État, la Gambie. Et le trajet dans le labyrinthe de l'estuaire est encore long jusqu’aux Karones. La persistance à feu doux du conflit casamançais fournit un surcroît de couverture.

La consommation de cannabis au Sénégal demeure une préoccupation pour les autorités, dit Matar Diop, contrôleur général de la police sénégalaise et membre du comité interministériel de lutte contre la drogue. Et «la Casamance n'est pas une zone de non-droit».

(L'essentiel/afp)

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