Blanche Weber

21 février 2020 09:00; Act: 27.02.2020 13:25 Print

«Acheter toujours plus ne rend pas plus heureux»

LUXEMBOURG - Jean-Luc Bertrand a reçu Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique, dans sa séquence «Story».

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Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique, a répondu aux questions de Jean-Luc Bertrand. (photo: Editpress)

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Présidente du Mouvement écologique (Meco), Blanche Weber a d'emblée reconnu au micro de Jean-Luc Bertrand que le Meco était «politiquement neutre», «c'est pour ça que nous avons pu récemment fêter notre 51e anniversaire et passer l'épreuve du temps. C'est un principe de base que l'on a même intégré dans nos statuts». «La course à la croissance emmènera le Luxembourg droit dans le mur», avait-elle déclaré par le passé, et elle a répété que «chacun le vérifiait presque chaque jour, non?».

«Dès que l'on prend sa voiture, on se trouve dans des embouteillages. Les trains sont assez souvent surchargés. La mobilité reflète très très bien le problème de la croissance. Si économiquement, le Luxembourg veut se développer toujours plus, cela a des répercussions sur la gestion des ressources, sur le climat, sur la biodiversité et aussi sur le logement. Il faut se demander pourquoi on court après une croissance économique accrue? Notre vie est-elle plus agréable? Quelles sont nos priorités dans notre société? Est-ce la consommation qui nous rend heureux?», s'est encore demandée Blanche Weber.

«Le tram est à Luxembourg grâce à une proposition du Meco»

Avec 200 000 personnes sur les routes et des bouchons quotidiens au Luxembourg, les Verts ont-ils apporté des solutions? «Je ne ciblerai pas les Verts en particulier, mais je parlerai du gouvernement», a repris de volée Blanche Weber. «L'ancien ministre Claude Wiseler avait lui aussi entamé des projets tels que l'arrêt Pont Rouge qui connaît un succès fulgurant. Il faut dire que sous François Bausch, ministre, il y a des améliorations substantielles. Il faut aussi reconnaître que durant des années, on n'a pas investi dans les transports en commun. Notre retard est énorme et même les projets qui avancent très bien ne peuvent pas le combler».

«Rien ne va au Luxembourg, si on écoute vos critiques, Blanche?», a demandé Jean-Luc Bertrand, à son invitée qui ne manque pas de répondant. «On peut avoir cette impression», lui a-t-elle répondu, «mais il faut surtout dire deux choses: d'une part, au Luxembourg, on a des graves problèmes au niveau de l'écologie. On détruit nos propres ressources sur une Terre où nous devons vivre. C'est catastrophique et la perte de la biodiversité au Grand-Duché est fulgurante. On se demande toujours ce qu'il se passe en Amazonie, mais chez nous, c'est beaucoup plus grave! On est un des pays qui émet le plus de tonne de CO2 par habitant. Et d'autre part, notre ASBL écologique assume ses propositions positives et concrètes. Si un tram moderne passe à Luxembourg, c'est parce que notre association a fait cette proposition, il y a plus de 20 ans. Idem avec les parcs naturels. Mais bien évidemment, il y a aussi de belles choses au Luxembourg».

«Un Luxembourgeois doit payer pour la pollution liée à sa voiture»

Femme de tête «plutôt romantique» qui a du répondant, Blanche Weber reconnaît que dans le Mouvement écologique, «quand on parle, c'est que l'on a quelque chose à dire». «Nous sommes une organisation très vivante avec des positions élaborées qui sont discutées, en aval, dans des groupes de travail. Je peux défendre mes positions avec un certain engagement, car on en a discuté au sein de notre organisation». Et quand on lui parle de Greta Thunberg, elle trouve «génial» qu'une jeune fille ait réussi à mobiliser le monde entier,«mais il ne faut pas oublier qu'il y a des milliers de gens qui font des efforts au quotidien et qui s'engagent pour notre cause écologique dans le monde entier».

Au Luxembourg, les taxes écologique ne représentent que 5% des recettes fiscales. Comment faire évoluer les choses dans ces conditions? «Parlons du carburant et des accises. Pour une personne qui roule 10 000 km par an, ça lui coûtera 200 euros en plus», a souligné Blanche Weber. «Moi je crois qu'un Luxembourgeois peut payer cette somme pour toute la pollution liée à la voiture. Même si les alternatives ne sont pas toujours suffisantes. Il faut un prix vérité. Conduire une voiture coûte beaucoup et cause des problèmes au niveau de l'environnement. Si on n'intègre jamais ces coûts dans le prix, on ne va jamais changer notre comportement. Les prix doivent refléter les coûts de notre action, mais il faut des alternatives et certaines redistributions pour les gens qui ont moins d'argent».

«On ne devrait pas acheter de l'eau aux pays limitrophes»

Quand on évoque avec Blanche Weber, les problèmes récents de décharges sauvages des deux côtés de la frontière, elle rappelle que la première chose à faire c'est de «réduire le nombre de déchets». «Sans contrôle de vitesse, on roulerait encore plus vite... C'est la même chose au niveau écologique, il faut augmenter les moyens nécessaires pour de meilleurs contrôles». «Chacun doit assumer le rôle qui est le sien pour réduire son empreinte carbone», complète encore la présidente du Meco. «Le Luxembourg est un gros pays pollueur. Combien de voitures ou de frigidaires avons-nous par maison? Un homme qui habite en Inde produit beaucoup moins de pollution. Au Luxembourg, on achète beaucoup de trucs dont on n'a pas besoin. On n'a rien à perdre. Si les transports en commun sont plus attractifs, moi, je m'en fous de perdre ma voiture. Je veux juste gagner en mobilité. La croissance matérielle, c'est vraiment ça le problème. Acheter encore plus ne rend pas plus heureux. Qu'est-ce qu'il nous manque aujourd'hui? Du temps pour vivre et de profiter de ses amis. Un autre tee-shirt ou de nouvelles chaussures, ce n'est pas ce qu'il nous manque. Il faut refléter nos priorités dans notre société».

Est-on à l'abri, au Grand-Duché, d'avoir un jour une pénurie d'eau? «Cela m'inquiète beaucoup», a encore confié Blanche Weber, au micro de Jean-Luc Bertrand. «Je crois que le Luxembourg a toujours essayé d'avoir de l'eau en la prenant de l'étranger. Il y a des discussions qui se passent actuellement où l'on part du principe que l'on va connaître prochainement une pénurie d'eau. On arrive donc à l'idée que l'on va prendre de l'eau en Belgique. Je trouve cela très problématique et je trouve que le Luxembourg devrait avoir une politique, un style de vie et un mode de production qui nous permettent de jouir des ressources qui sont sur notre territoire. On ne devrait pas "acheter" l'eau des pays limitrophes. L'eau de la Belgique, c'est pour les gens qui vivent en Belgique. C'est pour ça que je suis sidérée quand j'entends que le projet Google à Bissen va coûter entre 5 et 10% de notre consommation nationale d'eau. C'est aberrant et on ne nous donne pas de chiffres exacts. Même sans Google, on va déjà devoir faire face à une pénurie d'eau... C'est le même problème avec Fage, à Bettembourg, où l'on veut produire du yoghourt grec avec du lait provenant du marché globalisé et qui n'est pas acheté au marché de nos producteurs régionaux. Faire du yoghourt au Luxembourg pour les États-Unis, c'est un monde qui devient fou, vous ne trouvez pas?».

La play-list de Blanche Weber

(Frédéric Lambert / L'essentiel )

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