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13 septembre 2020 08:33; Act: 14.09.2020 10:10 Print

Jugé pour une trentaine de viols dans une forêt

Un homme de 45 ans, accusé d'une trentaine de viols, tentatives de viol et agressions sexuelles commis dans la forêt de Sénart (Essonne) sera jugé à partir de mardi.

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L'enquête sur le «violeur de la forêt de Sénart», comme l'a surnommé la presse, a longtemps piétiné. (photo: Wikimedia creative commons / lul)

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Il est accusé d'une trentaine de viols, tentatives de viol et agressions sexuelles commis dans la forêt de Sénart (Essonne) entre 1995 et 2000: après presque deux décennies d'enquête, un homme de 45 ans sera jugé à partir de mardi aux assises d'Evry. L'enquête sur le «violeur de la forêt de Sénart», comme l'a surnommé la presse, a longtemps piétiné. Faute d'éléments probants, elle a même été close une première fois en 2005. Mais de nouvelles techniques d'analyse d'ADN ont finalement conduit fin 2015 à l'arrestation d'un père de famille sans histoires, Aïssa Z., qui conteste les faits après avoir initialement livré des aveux.

Les viols obéissaient toujours au même mode opératoire: l'agresseur circulait en scooter dans les allées boisées de la forêt pour repérer sa victime – souvent une femme seule en compagnie de son chien – et simulait une panne afin d'attendre qu'elle arrive à sa hauteur. Il se jetait alors sur elle et la plaquait au sol, lui assénant parfois des coups au visage. Son forfait accompli, il s'enfuyait en présentant parfois des excuses. Tout au long des investigations qui se sont étalées sur 18 ans, les enquêteurs ont buté sur plusieurs obstacles. Tout d'abord, l'impossibilité pour les victimes de reconnaître l'assaillant qui n'ôtait jamais son casque de moto intégral.

L'ADN du frère

Le moyen de locomotion a également posé problème, certains scooters ne disposant pas de plaque d'immatriculation à l'époque. Mais surtout, les enquêteurs ont dû attendre que l'ADN parle. Car si des échantillons de sperme et de sang ont bien été retrouvés sur seize victimes et ont permis de confirmer l'hypothèse d’un auteur unique, il n'a pas été possible de les confronter immédiatement aux données du fichier national des empreintes génétiques (Fnaeg), qui n'a vu le jour qu'en 1998. En 2005, le dossier est alors clos.

Près de dix ans plus tard, en 2014, il est cependant rouvert en raison de «charges nouvelles». Dans la foulée, le matériel génétique retrouvé sur les victimes est ré-analysé en utilisant une nouvelle technique: la recherche en parentèle qui permet de retrouver des proches de l'individu dont l'ADN est testé (ascendants et descendants, parfois frères et sœurs) grâce aux gènes héréditaires. Ces nouvelles recherches mènent à un homme, inscrit au Fnaeg. Ce dernier est membre d'une fratrie de huit dont quatre frères, parmi lesquels Aïssa Z., qui retient l'attention des enquêteurs.

«Complètement dans le déni»

Ce père de famille marié habitait non loin de la forêt de Sénart au moment des faits, disposait de beaucoup de temps libre (ayant été barman puis sans emploi), ressemblait à la description donnée par les victimes et a possédé de nombreux deux-roues. Un test ADN réalisé sur Aïssa Z. permet «de l'identifier par probabilité de façon quasi certaine», selon l’accusation. Fin 2015, il est mis en examen pour 35 faits de viols, tentatives de viol et agressions sexuelles. Interrogé par les enquêteurs, l'accusé déclare: «Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, je ne conteste pas les preuves», expliquant ne rien se remémorer et reconnaissant que «c’est honteux ce qu'(il) a fait»».

Des aveux que l’accusé, décrit par ses proches et anciens employeurs comme serviable et honnête, conteste fermement aujourd'hui. «Il revendique son innocence depuis le début de la procédure», déclare à l'AFP un de ses conseils, Me Cloé Fonteix. Un autre de ses avocats, Me Gabriel Dumenil, fait valoir pour sa part que la personnalité d'Aïssa Z. «ne correspond absolument pas au profil de l'agresseur» et que l'enquête «a été menée exclusivement à charge».

Des plaignantes tiennent, elles, à être présentes lors de ce procès qui devrait durer un mois. Telle cette fonctionnaire qui attend de voir si l’accusé, «complètement dans le déni», reconnaîtra les faits, ce qui lui permettrait de «tourner la page» de cette attaque «qui l’a réellement traumatisée pendant 20 ans et dont elle a encore des séquelles», selon son conseil Me Jean-Yves Liénard.

(L'essentiel/afp)